Comment avoir une grosse basse dans le mix
Une basse enregistrée en direct dans une petite carte son, ou une basse synthé qui sonne trop « médium », manque souvent de deux choses : du poids dans le très grave et de la présence dans les médiums. Voici comment avoir une grosse basse, moderne et bien assise dans le mix, avec deux séries de techniques simples que vous pouvez utiliser séparément ou ensemble.
Pourquoi une basse DI manque de corps
Dans le premier exemple, on est sur une pièce rock instrumentale du groupe Opusculus. La basse a été enregistrée à la maison, avec une simple carte son deux entrées : on a la piste DI, plus une émulation d'ampli (Amplitube), et je fais un mélange des deux. Comme point de départ, c'est très correct. Mais il manque ce qu'on aurait obtenu avec une basse active branchée dans un gros ampli, poussé fort et capté au micro : un peu de grain et une vraie fondamentale dans l'extrême grave.
On n'a pas toujours l'instrument ou l'ampli idéal pour chaque projet. Le mix sert aussi à compenser, et c'est tout à fait normal.
Étape 1 : une saturation pour recréer l'ampli
La première chose à faire, c'est d'ajouter la saturation qu'un vrai ampli aurait apportée. J'utilise un plugin de distorsion de Pro Tools que j'adore pour ça, mais d'autres font très bien le même genre de travail, comme le Sausage Fattener de Dada Life. Ce que ça apporte : plus de présence et de texture, surtout dans le sustain des notes.
Attention à ne pas en mettre trop. Une basse trop distordue perd toute sa dynamique naturelle, exactement comme une basse trop compressée : le mouvement et le punch disparaissent. Autre piège : la saturation fait monter le volume. Baissez la sortie pour comparer avec et sans effet à volume égal, sinon vous jugerez seulement que « plus fort, c'est mieux ». J'en parle plus en détail dans mon introduction à la distorsion harmonique.
Étape 2 : générer une fondamentale autour de 40 Hz
Après la saturation, la basse a plus de grain et de sustain, mais l'attaque est un peu réduite et le son devient plus mince. Ce qui manque maintenant, c'est le très grave qu'on obtient quand on capte un ampli au micro : une bonne présence autour de 40 Hz.
Pour ça, j'utilise Renaissance Bass de Waves (RBass), un générateur de sous-harmoniques. Il génère une tonique dans l'extrême grave quand elle n'est pas là. Je m'en sers souvent pour donner à une basse passive un feeling de basse active. La méthode :
- Balayez la fréquence pour entendre comment le plugin réagit.
- Réglez-le autour de 40 Hz : c'est ce très, très grave qui nous intéresse.
- Baissez l'intensité de l'effet jusqu'à ce que le grave soit présent sans envahir le mix.
Le résultat est spectaculaire : la basse devient plus moderne, un peu moins à l'avant-plan, et elle se lie beaucoup mieux à la grosse caisse. Ça libère l'avant-plan pour la caisse claire et les guitares. Pour bien articuler les deux, voyez aussi la relation entre le kick et la basse.
Une basse synthé trop « chantante » dans les médiums
Le deuxième exemple montre le même problème sur une basse synthé : le son fonctionne seul, mais il manque de rondeur et il est trop présent dans les médiums pour le contexte. Les techniques suivantes s'appliquent aussi très bien aux basses électriques.
Renforcer le grave
Là encore, je commence par un générateur de sous-graves comme RBass. Sur une basse électrique comme sur une basse synthé, il apporte une lourdeur que l'égaliseur seul ne peut pas créer.
Égaliser en contexte
Ensuite, à l'égaliseur, on retire d'abord le côté nasillard dans les médiums. Dans cet exemple, j'ai creusé deux bandes, autour de 570 Hz et de 1,5 kHz. Prenez le temps d'écouter en contexte : en solo, on a tendance à couper beaucoup trop, alors qu'avec le reste de la musique, on peut garder un peu de ces fréquences sans problème. Si on abuse, la basse perd sa présence. Ce petit creux libère aussi de la place pour la voix.
Puis j'ajoute du grave : environ 3 dB en plateau (shelf) dans le bas du spectre, et 2 dB avec une cloche assez large autour de 156 Hz.
Saturer en parallèle et par bandes
Une saturation douce donne une belle chaleur, un feeling d'ampli. Je ne la mets presque jamais à 100 % : on obtient les meilleurs résultats en gardant une partie du son non saturé (le réglage Mix du plugin).
J'ajoute ensuite une saturation multibande (FabFilter Saturn, par exemple) pour générer des harmoniques à partir du très grave. Je laisse les médiums entre 250 et 1500 Hz intacts, comme tout ce qui est au-dessus de 10 kHz, et je dose chaque bande avec son propre mix (environ 14 % sur les hauts médiums, sinon ça devient vite une basse « Nintendo métal »). Ces harmoniques font le lien entre les fréquences qu'on ressent et les notes qu'on devrait entendre : sans elles, sur un petit système, une basse pleine de grave se perd dans l'arrangement et devient une sorte de bouillie.
Un chorus pour l'ouverture, puis recentrer le grave
Dernière touche : un chorus, ici une émulation du chorus du Juno (celle d'Arturia). Dans cette chanson, l'ensemble manquait d'ouverture stéréo : le chorus enveloppe la basse et élargit le mix. Juste après, j'utilise un imager multibande pour réduire la largeur, de façon graduée : davantage dans l'extrême grave et dans les aigus, un peu moins entre 80 et 1300 Hz. Ce n'est pas le jour et la nuit, mais ça redonne du focus au grave, qui doit rester centré. Pour aller plus loin sur ces effets, lisez chorus, flanger et phaser.
Mixer la basse avec méthode
Toutes ces techniques demandent une bonne compréhension de l'égaliseur, de la saturation et du contexte. Évitez aussi les 3 erreurs classiques du mix des basses. Et si vous voulez bâtir des bases solides sur l'EQ et la compression, c'est exactement le rôle de ma formation MIX 101.
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