La relation kick et basse : bien placer le low end
La relation kick et basse est le sujet sur lequel on me pose le plus de questions. Il n'existe pas de recette universelle : le son du kick et de la basse, le tempo (on ne mixe pas pareil à 100 et à 200 BPM) et le goût changent tout. Mais il y a des principes généraux et des erreurs que je vois sans cesse dans les projets qu'on m'envoie. Voici comment rendre le kick et la basse complémentaires, puis quelques outils pour les cas plus difficiles, notamment en électro.
Le principe : deux rôles complémentaires
L'approche classique, que ce soit en musique jouée ou en électro :
- Le kick a du punch et de la dynamique, mais pas énormément d'énergie dans l'extrême grave (sous 40 ou 50 Hz).
- La basse a une bonne énergie dans les basses fréquences, mais une dynamique assez régulière et un sustain contrôlé.
Placez d'abord le kick à un volume où on l'entend bien, puis montez la basse jusqu'au point juste avant qu'elle prenne le dessus sur le punch du kick. Les deux s'imbriquent alors naturellement, et la basse devient en quelque sorte le sustain du kick. Avec des sons bien choisis, il n'y a souvent presque rien d'autre à faire.
Les erreurs les plus fréquentes
Des kicks et des basses trop ronds
C'est le problème que je vois le plus souvent, surtout en pop et en hip-hop. Des kicks très boueux, avec beaucoup de grave et de bas-médiums, et des basses (électriques ou synthé) avec énormément de grave mais aucune information dans les médiums et les aigus. Au casque, pendant la composition, c'est rond, chaud, enveloppant. Mais au mix, ça devient ingérable :
- sur une petite enceinte Bluetooth ou dans la voiture, on n'entend plus rien, ou ça sature ;
- l'énergie dans l'extrême grave fait saturer rapidement les traitements dynamiques, et il devient impossible d'obtenir un master compétitif en volume sans distorsion.
La solution se trouve en amont : choisissez des samples de kick avec plus d'informations dans les médiums et les aigus, et moins d'énergie dans l'extrême grave. Même logique pour la basse. Plus de détails dans les 3 erreurs à éviter au mix des basses.
Une basse trop large en stéréo
Surtout avec les basses synthé. Sous 100 Hz, les fréquences sont quasi omnidirectionnelles : on perçoit mal leur position dans l'image stéréo. Une basse très large dans le grave ne fait que créer des problèmes de phase à la reproduction, imprévisibles d'un système et d'une pièce à l'autre (plus de basse du tout au milieu de la pièce, beaucoup près des enceintes). Si vous aimez le son de votre synthé, utilisez un imager multibande, comme celui d'Ozone ou celui de Cubase, pour remettre en mono tout ce qui est sous 100 Hz.
L'égalisation complémentaire
Dans la première vidéo, sur un morceau électro, j'utilise quelques ajustements subtils mais efficaces :
- Filtrer l'extrême grave du kick : ça laisse cette zone à la basse et, paradoxalement, le kick paraît plus punchy, plus proche, presque plus fort.
- Croiser les corrections : une légère atténuation sur le kick vers 110 Hz, et à l'inverse un boost d'environ 2 dB sur la basse juste au-dessus de 100 Hz pour bien entendre la ligne. On peut faire l'inverse si on veut une autre relation.
Attention, ces astuces ne sont pas obligatoires. Très souvent, je ne fais aucune manipulation croisée : si les sons sont complémentaires, c'est inutile. Et parfois, filtrer un peu le kick suffit, sans toucher à la basse. Le but est seulement que l'énergie globale soit claire et définie. Pour aller plus loin sur le kick, voyez comment mixer un kick.
Un dernier détail sur le groupe
Sur le sous-groupe de la section rythmique, une petite atténuation d'environ 2,5 dB vers 32 Hz avec un EQ vintage très coloré (le TG Mastering Chain de Waves, dans mon exemple) peut faire ressortir le kick. Ce type d'EQ décale un peu la phase dans le grave, ce qui change la relation. C'est très subtil : en test à l'aveugle, je ne suis même pas sûr de l'entendre. Mais ce sont ces petits détails, additionnés, qui font la différence.
Quand kick et basse sont tous les deux énormes
Le vrai défi, c'est quand on veut un kick très gras dans le grave et une basse tout aussi généreuse, comme souvent dans la pop et l'électro actuelles, avec leurs kicks à longue descente. Là, il faut des compromis, et l'outil clé est la compression multibande en sidechain :
- Placez un compresseur multibande sur la basse, actif uniquement sous 100 Hz environ.
- Réglez son sidechain sur le kick (source externe). Si un second kick s'ajoute dans le refrain, envoyez-le aussi.
- Attaque très rapide, release assez rapide, ratio élevé, seuil réglé pour attraper le haut de la dynamique du kick.
À chaque coup de kick, le grave de la basse baisse brièvement : on ne l'entend pas comme une baisse de volume, mais le kick respire et garde son punch. Dans mon exemple, la réduction ne dépasse même pas 3 dB. N'en abusez pas : trop de compression multibande fait perdre l'unité de la section rythmique, et on veut que kick et basse avancent ensemble, comme une machine, pas comme deux éléments séparés. Ce type de technique est surtout utile en électro et en pop ; en rock, avec des kicks moins énormes, on en a rarement besoin.
Un compresseur classique (pleine bande) en sidechain, c'est autre chose : c'est l'effet de « pompage » électro, un choix esthétique plutôt qu'un outil de mix transparent.
Less is more
Trop de grave donne souvent l'impression d'en avoir moins : le limiteur sature, la distorsion floute tout, on perd la définition et le punch. Si vos enceintes ou votre pièce ne vous permettent pas de bien juger l'extrême grave, vérifiez-le au casque à la fin du mix : c'est souvent plus facile à percevoir. Nettoyer un peu l'extrême grave donne généralement plus de punch, pas moins. Mieux vaut être un peu conservateur.
Pour aller plus loin
Le low end demande de l'expérience et une bonne écoute. Retrouvez aussi mes 3 règles d'or pour mixer le low end. Et pour voir ces décisions prises en contexte sur des chansons complètes, la Mix Masterclass est faite pour vous.
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