3 règles d'or pour mixer le low end
Le low end, c'est-à-dire le kick, la basse et tout le bas du spectre, est ce qui fait la puissance d'un mix, surtout en hip-hop, en rap, en dance et en électro. C'est aussi ce qui le fait le plus souvent déraper : manque de définition, master qui sature, son brouillon. Voici mes trois règles d'or pour mixer le low end, illustrées sur un titre électro-pop, plus une astuce de pro pour contrôler les basses fréquences d'une batterie.
Règle n°1 : nettoyer avant de booster
Le réflexe naturel, c'est de booster ce qu'on veut entendre davantage. Mais un haut-parleur n'a qu'une membrane qui avance et recule pour reproduire toutes les fréquences à la fois. Plus il y a d'informations dans la même zone, plus il peine, et l'air lui-même finit par saturer. On perd de la définition. Je nettoie donc toujours d'abord, pour pouvoir ensuite monter les instruments plus fort et garder du punch.
Sur le kick
Un low cut vers 37 Hz avec une pente assez raide. En solo, ce n'est pas le jour et la nuit, mais ça évite de saturer les traitements du master, et le kick gagne en punch : en contexte, il ressort plus.
Sur la basse
La basse avait beaucoup d'énergie dans l'extrême grave et manquait un peu de définition. J'ai réduit légèrement le grave avec un shelf vers 47 Hz, et ajouté deux petites atténuations en cloche, vers 90 Hz et un peu au-dessus de 120 Hz. Résultat : je peux la monter un peu plus sans que le grave devienne envahissant. Sans ces EQ, dans les couplets, le bas devient confus et brouillon.
Attention : ce nettoyage n'est pas toujours nécessaire. Si ça sonne bien, ne touchez à rien. Ici, je voulais un mix très fort avec beaucoup d'énergie dans le kick et la basse, et ça a aidé. Savoir quand ne rien faire est souvent le plus difficile. Pour faire travailler ces deux éléments ensemble, voyez aussi la relation kick et basse.
Règle n°2 : ne pas surcompresser le kick et la basse
On compresse souvent pour gagner de l'énergie et de la présence, mais l'effet est parfois inverse : une basse ou un kick trop compressé perd la dynamique dont il a besoin pour percer à travers l'arrangement. Ce qui sonne bien en solo ne fonctionne pas toujours en contexte.
- Kick : un compresseur qui travaille très peu, avec une attaque lente pour laisser passer l'attaque, juste pour contrôler un peu le gonflement de la fin du son. Ça l'aide à traverser le mix.
- Basse : aucune compression dans cet exemple. Ce n'était pas nécessaire, et on n'a pas besoin de tout compresser.
Ce qui aide souvent davantage, c'est la compression parallèle, sur l'instrument ou sur tout le mix. Dans ce titre, une compression parallèle sur l'ensemble remonte la présence du bas du spectre tout en gardant le punch et la dynamique, ce qui aide le mix à bien passer sur les systèmes qui reproduisent peu les basses.
Règle n°3 : la distorsion harmonique
La saturation ajoute des harmoniques plus aiguës au son grave. On les entend mieux, ce qui donne de la présence sans avoir à monter le volume.
- Sur le kick : un peu de saturation avec le Vertigo VSM-3 pour lui donner de la présence dans le grave. En contexte, on ne doit pas entendre la saturation comme telle, seulement un kick qui ressort mieux. Le Vitamin de Waves, un excitateur harmonique, peut faire un travail similaire, mais il est facile d'en abuser.
- Sur la basse : une légère saturation de l'ensemble avec un Decapitator, puis une saturation d'une bande précise, entre environ 400 et 1 100 Hz, avec un saturateur multibande comme le Quadrafuzz de Cubase.
Pourquoi la basse ? Avec une basse très chargée en grave, il faut des fréquences plus hautes qui font le lien entre ce qu'on ressent et ce qu'on entend. En entendant mieux ces harmoniques, on perçoit toute la basse avec plus de définition : c'est un phénomène psychoacoustique. Le traitement reste très subtil, réglé à l'oreille et en contexte. Le but est que la basse soit présente sur un maximum de systèmes d'écoute, et ça se joue dès le mix, pas seulement au mastering. Pour comprendre le principe, lisez mon introduction à la distorsion harmonique.
L'astuce de pro : saturer le grave de la batterie en multibande
Une variante de la règle n°3 que j'aime utiliser en fin de mix : une saturation multibande sur le bus de batterie (ou sur un beat électro, ou n'importe quelle source rythmique), appliquée uniquement aux basses fréquences. Elle fait deux choses à la fois :
- elle contrôle la dynamique du grave, comme une compression douce ;
- elle ajoute des harmoniques, pour qu'on entende mieux ces basses fréquences sur de petits systèmes.
La méthode :
- Isolez une bande sous 130 à 150 Hz environ. Pas plus haut, mais assez pour inclure un bon morceau du grave de la batterie.
- Montez le drive jusqu'à entendre un léger crunch en solo : c'est le signe que le grave commence à être compressé.
- Dosez ensuite avec le drive ou le mix (dry/wet) pour que l'effet ne soit pas vraiment audible en contexte.
Tout le grave de la batterie en profite : kick, toms, caisse claire. On obtient un petit soutien supplémentaire et une belle coloration. N'importe quel saturateur multibande fonctionne : le Vertigo VSM-3, le Quadrafuzz de Cubase (j'aime bien le mode à lampe, qui ajoute des harmoniques plus hautes et reste moins brouillon que le mode bande), ou l'Exciter d'Ozone.
En résumé
- Nettoyez avant de booster.
- Ne surcompressez pas le kick et la basse ; pensez à la compression parallèle.
- Utilisez la distorsion harmonique, y compris en multibande sur le grave de la batterie.
Pour aller plus loin
Ces techniques prennent tout leur sens quand on les voit appliquées dans un mix complet. Je les détaille, avec beaucoup d'autres, dans la Mix Masterclass. Et pour un mix qui cogne sans saturer, voyez aussi comment obtenir un mix fort.
À lire aussi
EQ 101 GRATUIT
Accédez gratuitement à la formation EQ 101 qui vous donnera de solides bases sur les techniques d'égalisation.