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Compression ou saturation parallèle : quand les utiliser

mix
Etienne Tremblay – compression et saturation parallèles

Quand on mixe une basse, une guitare ou une voix, on se retrouve vite devant une foule de possibilités : compression parallèle, saturation parallèle, ou les deux ? C'est une question qu'un élève m'a posée, et elle est très légitime quand on débute. Voici comment je décide, quels indices écouter, et les signes qui montrent qu'on est allé trop loin.

D'abord, maîtriser les bases

Quand on découvre une nouvelle technique, on a envie de l'appliquer partout, tout le temps. Ce n'est pas une approche au service de la musique. Mon premier conseil : n'intégrez pas trop tôt les traitements parallèles. Concentrez-vous d'abord sur l'égalisation, la compression, puis sur les effets temporels comme la réverbération et le délai. Avec ces outils seulement, vous pouvez déjà corriger les problèmes, donner de la présence, stabiliser la dynamique, placer vos instruments à l'avant ou à l'arrière et créer un espace.

Exportez vos mix, écoutez-les sur différents systèmes, faites des essais et des erreurs. Les erreurs sont très pédagogiques. Mais si vous empilez dix nouvelles techniques à la fois, impossible de savoir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

Deux outils aux rôles voisins

Petit rappel : un traitement parallèle consiste à mélanger le signal d'origine avec une copie traitée (via un envoi vers une piste auxiliaire, ou avec le bouton Mix du plugin). On garde ainsi la dynamique et le naturel de la source, tout en ajoutant le caractère du traitement.

  • La compression parallèle remonte les passages faibles sans trop pousser les passages forts. Elle nivelle un peu la dynamique et donne de la présence, en faisant ressortir certaines harmoniques.
  • La saturation parallèle enrichit le contenu harmonique. Et comme la saturation compresse naturellement le signal, elle joue aussi un rôle assez proche sur la dynamique.

C'est pour ça que je les considère un peu comme des vases communicants. Dans la très grande majorité des cas, j'utilise l'une ou l'autre, rarement les deux. Rien ne vous empêche d'ajouter une saturation après votre compression parallèle, mais c'est l'exception.

Contexte épuré : plutôt la compression parallèle

Dans un arrangement dépouillé, une voix trop compressée en direct laisse vite entendre l'effet de compression, et ce n'est pas toujours joli. La compression parallèle permet de donner de la présence sans pousser la compression directe. Elle évite aussi de devoir faire des tonnes d'automations de volume (même si l'automation reste très utile pour les grands écarts entre les passages : voyez comment gérer les écarts de volume sur la voix).

Contexte énergique : plutôt la saturation parallèle

Dans un mix très chargé et énergique, on pousse déjà la compression directe : une voix bien compressée, c'est une couleur, une agressivité qu'on recherche. Mais parfois, ça ne suffit pas. Là, je préfère la saturation parallèle : elle remonte le haut du spectre et donne du mordant, ce que la compression parallèle n'apporterait pas vraiment.

Notez que beaucoup de saturateurs (Decapitator, Quadrafuzz, Saturn) ont un réglage Mix : vous faites de la saturation parallèle directement sur la piste, sans envoi. Les émulations de console font aussi un excellent travail de coloration subtile, directement en insert. Pour les bases, lisez l'introduction à la distorsion harmonique.

Le cas des instruments graves

Sur un kick ou une basse électrique, trop de compression directe fonctionne mal. Une basse trop compressée devient difficile à placer : quand on la monte, elle voile tout ce qui se trouve en dessous. C'est d'ailleurs un bon indicateur que vous avez trop poussé. Allez-y avec parcimonie sur la compression directe et expérimentez la compression parallèle pour retrouver de la présence.

Autre test : écoutez votre mix sur de petits systèmes (écouteurs de téléphone, petits haut-parleurs). Si vous n'entendez plus la basse, c'est que sa fondamentale est trop grave pour être reproduite. La saturation, parallèle ou directe, génère des harmoniques supérieures qui rendent la basse audible même sur ces systèmes. J'en montre un exemple dans comment avoir une grosse basse.

Une méthode simple pour décider

Il n'y a pas de réponse toute faite : c'est aussi une question de goût. La bonne méthode, c'est d'y aller un effet à la fois :

  1. Votre instrument manque de présence ? Essayez une compression parallèle.
  2. Exportez le mix et écoutez-le sur différents systèmes.
  3. Si ça ne fonctionne pas, enlevez-la et essayez une saturation parallèle.
  4. Comparez, faites des allers-retours, et gardez ce qui sert vraiment la chanson.

Les signes que vous êtes allé trop loin

  • Les respirations ressortent trop : on a l'impression que le chanteur ou la chanteuse cherche son souffle à chaque phrase.
  • Le mix semble étouffant : trop de compression parallèle écrase la sensation de respiration. Parfois, moins, c'est mieux, et un mix a besoin de dynamique.
  • La voix devient agressive : si vous vous battez avec les aigus, réduisez peut-être votre traitement parallèle.
  • La voix se détache trop du reste : on veut une voix présente, mais si elle et l'instrumentation ne se mélangent plus, on a perdu la cohésion d'ensemble.

Pour d'autres pièges classiques, voyez les erreurs de compression à éviter.

Apprendre à doser

Savoir quand ne pas utiliser une technique est aussi important que de savoir la régler. Si vous voulez d'abord solidifier l'EQ et la compression, c'est le programme de MIX 101. Pour voir ces décisions prises dans un mix complet, de A à Z, c'est dans la Mix Masterclass.

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