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Le low cut (filtre passe-haut) : quand et comment l'utiliser

mix
Etienne Tremblay – utiliser le low cut (filtre passe-haut)

Low cut, filtre coupe-bas, high-pass, filtre passe-haut : tous ces noms désignent le même outil, celui qui retire les basses fréquences sous une fréquence choisie. On le présente souvent comme un réflexe à appliquer partout. En réalité, le low cut fait partie intégrante du travail d'égalisation et s'utilise avec nuance. Voici ses réglages, ses vrais rôles dans un mix, et les cas où il vaut mieux ne pas l'utiliser.

Les trois réglages d'un low cut

La fréquence de coupure

C'est le point à partir duquel le filtre atténue tout ce qui se trouve en dessous.

La pente, en dB par octave

Une octave plus bas, c'est la fréquence divisée par deux. Avec un filtre réglé à 200 Hz et une pente de 6 dB par octave, le signal est atténué de 6 dB à 100 Hz. Avec une pente de 48 dB par octave, il est déjà atténué de 48 dB à 100 Hz. Une pente douce retire le grave de façon progressive et naturelle ; une pente raide coupe net.

Le facteur Q

Sur un EQ en cloche, le Q règle la largeur de la bande. Sur un low cut, selon les filtres, il modifie la forme de la courbe : on peut obtenir une courbe très douce, ou au contraire une petite bosse juste au-dessus de la fréquence de coupure.

Cette bosse est utile : elle compense l'impression d'avoir retiré du grave. Exemple typique, le kick : on filtre l'extrême grave vers 30 ou 40 Hz, et la petite bosse juste au-dessus redonne du punch. En libérant cette zone très grave, on laisse aussi plus de place à la basse, qui vient parfois combler le bas du spectre. Plus de détails dans mon article sur le mix du kick.

Rôle n°1 : réduire l'effet de masque

C'est l'usage principal. Si un clavier génère beaucoup de basses fréquences, il masque le kick quand ils jouent ensemble : le kick semble avoir moins de grave et moins de punch. En filtrant le bas du clavier, le kick retrouve sa présence.

Il y a une dimension perceptive, mais aussi physique : un haut-parleur doit reproduire toutes les basses fréquences en même temps. Moins il y a d'informations inutiles dans le grave, mieux il reproduit les éléments qui doivent y vivre, classiquement le kick et la basse. Pour aller plus loin sur ce sujet, voyez comment régler les conflits de fréquences.

Rôle n°2 : nettoyer les prises de son

À l'enregistrement, on récupère parfois des bruits dans le grave :

  • Le ronflement électrique (le « hum »), lié au courant alternatif : 60 Hz en Amérique du Nord, 50 Hz en Europe. Fréquent avec les guitares électriques. On filtre alors juste au-dessus.
  • Les vibrations d'une climatisation ou d'une ventilation, qui créent un grondement grave.

Sur une seule piste, ça passe inaperçu. Mais quand on empile des voix, ces bruits s'additionnent et finissent par s'entendre.

Sur la voix : une question de contexte

Dans une pop avec des voix très compressées, je mets souvent un low cut un peu plus haut que nécessaire, avec une pente modérée (18 dB par octave dans mon exemple), pour que la voix passe bien. La voix n'est pas vraiment dans les basses, et on ne cherche pas une ambiance intime et chaleureuse : on peut en retirer pas mal.

Pour une voix masculine dans du folk, je ne filtrerais probablement pas aussi haut : la voix a besoin de son ampleur dans le grave pour coller à l'esthétique.

Et parfois, je ne mets pas de low cut du tout sur une voix pop, si elle sonne bien. Filtrer donne de la définition à la voix et la fait ressortir du mix. C'est souvent positif, mais pas toujours : dans certains contextes, on veut qu'elle se fonde davantage avec les instruments, et garder ses basses fréquences y aide. Pour le reste du traitement, voyez comment égaliser une voix.

Sur la batterie acoustique : la repisse et la phase

Avec 8, 10 ou 12 micros sur une batterie, chacun capte aussi le kick. Dans les overheads, plus éloignés, le kick arrive un peu plus tard que dans le micro de grosse caisse. En combinant les deux, ce léger décalage fait perdre de la définition au kick.

Dans un contexte rock, je filtre donc souvent les overheads assez haut, parfois vers 150 Hz ou plus, pour retirer cette version retardée du kick. Même logique pour les autres micros : réduire les interactions de phase. Dans un contexte folk, où on veut un son chaud et naturel, on laisse souvent les overheads intacts.

Sur les percussions : attention à ne pas tout amincir

Sur un triangle, un low cut retire l'impression de grave inutile. Quand j'enregistre des percussions, j'utilise souvent le coupe-bas intégré à mon micro, avec une pente douce, et je n'ai rien besoin d'ajouter au mix. Utiliser le filtre du micro à la prise n'est pas forcément mieux que de filtrer au mix, mais certains micros ont un très bon filtre.

À l'inverse, ne filtrez pas systématiquement un shaker : avec ses basses fréquences, il est souvent plus chaud, plus organique et plus agréable. Sans elles, il peut devenir mince et agressif.

Le seul conseil général : pas de réflexe automatique

Ne mettez pas un low cut à 100 Hz avec la même pente sur toutes vos pistes. Les basses fréquences comptent dans l'expérience d'écoute, et beaucoup d'instruments, même sans rôle dans le grave, ont des harmoniques dans le bas du spectre qui contribuent à leur richesse. Écoutez toujours l'effet du filtre, avec et sans, dans le contexte du mix : au-delà du nettoyage technique, c'est un choix artistique.

Aller plus loin avec l'EQ

Le low cut n'est qu'un des outils de l'égalisation. Pour apprendre à utiliser l'EQ de façon réfléchie, ma formation MIX 101 reprend tout depuis la base, et mes guides gratuits sont un bon point de départ.

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