5 façons de sauver votre mix quand rien ne fonctionne
14 juin 2023
Ça va peut-être vous rassurer : après près de 20 ans de métier, il m'arrive encore de ne pas savoir ce qui cloche dans un mix. Voici les cinq points que je révise quand je suis mal pris, que vous soyez débutant ou avancé.
1. Rejouer avec les volumes
Pendant le mix, en travaillant certains éléments, on en masque d'autres. Si votre caisse claire disparaît, le réflexe est d'aller chercher un EQ pour booster ses aigus, de la saturer ou de la compresser. Souvent, il suffit simplement de monter son volume.
- Si votre master est proche du rouge, sélectionnez toutes les pistes et baissez-les ensemble pour retrouver de la marge.
- Sauvegardez une version « test volume » et expérimentez : guitares trop fortes, caisse claire trop faible, voix trop forte… on est parfois complètement à côté.
- Comparez avec des références : dans votre style, les guitares sont peut-être normalement 3 dB plus basses. En baissant un élément, tout le reste respire.
2. Enlever des plugins
Sept ou huit plugins sur une piste de voix, c'est souvent le symptôme qu'on n'arrive pas à la placer et qu'on se bat avec. Un plugin de plus ne règle rarement le problème. Parfois, un EQ, un compresseur et un de-esser suffisent, plus une réverb et un délai. Il m'est arrivé qu'un client n'aime pas le mix de sa voix : j'ai tout enlevé sauf un EQ et une compression, et il était content. En allant trop loin, on perd le naturel de l'instrument.
3. Vérifier la justesse
Une voix pas tout à fait juste donne l'impression d'être toujours trop forte ou pas assez, et on finit par multiplier les automations. La vraie solution : corriger la justesse avec un outil comme VariAudio dans Cubase ou un autotune graphique.
- Basse : de vieilles cordes donnent des harmoniques peu belles et une justesse approximative. Changez-les.
- Guitares : deux instruments différents n'ont pas la même intonation, surtout haut sur le manche. Avant une session, faites régler toutes les guitares par le même luthier et changez les cordes la veille. Parfois, la solution est de tout enregistrer avec la même guitare.
- Caisse claire : sa résonance peut entrer en conflit avec la tonalité de la chanson. Un coup d'EQ sur cette résonance règle le problème.
4. Vérifier le timing
Décaler légèrement une voix ou une basse dans le temps suffit parfois à ce que tout « verrouille ». On peut aussi quantifier l'audio avec les points de transitoires. Pour la voix, quelques mots mal placés peuvent être déplacés ou étirés.
La batterie est l'élément le plus critique : si un passage sonnait bien et qu'un autre ne fonctionne plus, ce n'est peut-être pas votre mix, mais le batteur qui était moins serré. Sur certains mix de groupes amateurs, 80 % de mon travail a été de caler la batterie et la basse. Après, le mix a été facile.
5. Lâcher le bouton solo
Mixez en contexte. En solo, on perd la vision d'ensemble. Des choix qui semblent peu naturels seuls fonctionnent souvent en contexte : la room d'une batterie très forte, qui sonne « boomy » en solo, peut être parfaite avec le reste. Sur un mix métal, pousser beaucoup plus fort le compresseur de bus de la batterie a tout débloqué. N'ayez pas peur des mouvements extrêmes : ça sort de la boîte.
Bonus : repartir de zéro et changer d'approche
Dans une autre vidéo, je partage d'autres réflexes pour sortir d'un mix qui ne fonctionne plus, quand on ne sait même pas où on s'est trompé.
- Prendre une vraie pause : une demi-heure, une heure, à faire autre chose. Avant de reprendre, rafraîchissez vos oreilles avec une chanson de référence que vous connaissez bien. Il m'arrive de m'obséder sur une zone (les bas-médiums trop chargés, par exemple) et de constater, en comparant, que mon mix sonne en fait très bien.
- Tout remettre à zéro : au retour, désactivez tous les effets, descendez tous les faders et refaites la balance de volume. C'est frustrant après deux ou trois heures de travail, mais quand on ne sait pas ce qui cloche, c'est souvent le chemin le plus court.
- Inverser l'ordre de travail : si vous construisez toujours le mix à partir de la section rythmique (kick, caisse claire, basse, puis claviers et guitares, et la voix à la fin), essayez l'inverse. Commencez par bien placer la voix : le reste de l'arrangement se met souvent en place beaucoup plus facilement.
- Expérimenter avec les effets : sur un morceau funky, je n'arrivais pas à lier la batterie et la basse. J'ai envoyé la basse électrique dans un effet temporel très large en stéréo, et tout le mix s'est soudé. Ces effets ouvrent l'image stéréo et masquent un peu certains éléments, ce qui rend l'ensemble plus musical. N'ayez pas peur d'essayer des choses « techniquement incorrectes », comme envoyer le kick dans une réverb très longue : parfois, toute la section rythmique prend soudain son sens.
Avec l'expérience, je me concentre de moins en moins sur la technique pure. Ce qui compte, c'est que l'auditeur soit captivé par l'ensemble, que tout soit cohérent et musical. Les meilleures solutions sont souvent les plus simples : un peu d'EQ en contexte, moins de travail en solo, et la curiosité de faire ce que vous ne faites jamais.
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