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Pourquoi je mixe à bas volume (et quand monter le son)

mix
Etienne Tremblay – mixer à bas volume

Beaucoup de gens pensent que je mixe et que je masterise à un volume élevé. C'est tout le contraire : la plupart du temps, je mixe à bas volume. La confusion vient d'un article sur la calibration des moniteurs, où le niveau recommandé est assez fort. C'est un bon exemple d'écart entre la théorie et la pratique, alors je vous explique ce que je fais réellement, et pourquoi.

La théorie : un volume calibré assez élevé

Dans mon article sur la calibration des moniteurs, je montre comment régler son écoute à 83 dBC. Ce niveau n'est pas choisi au hasard : la réponse en fréquence de l'oreille n'est pas linéaire, et c'est entre 80 et 90 dB environ qu'on perçoit les fréquences de la façon la plus équilibrée. Mais c'est quand même assez fort. Dans la pratique, j'adapte cette théorie à ma réalité : mon environnement, mon matériel et les styles que je mixe.

Raison 1 : la fatigue auditive (et les voisins)

J'ai les oreilles sensibles. Exposé trop longtemps à un volume élevé, j'ai mal aux oreilles et je deviens moins bon. On ne fait pas un très bon mix quand on est fatigué et irrité. À bas volume, je fatigue beaucoup moins vite, et je reste plus lucide sur de longues séances.

Bonus : je travaille chez moi, pas dans un local commercial, et mes voisins n'ont aucune idée que je fais du mix et du mastering. Avec un peu de traitement acoustique et un volume raisonnable, on peut travailler à la maison sans déranger personne.

Raison 2 : mes moniteurs s'y prêtent

Mes Mackie HR624 sont des enceintes avec un woofer d'environ 6 pouces, conçues pour être écoutées de près, en champ proche. Elles sonnent bien à bas volume. Les grosses enceintes, à l'inverse, ont souvent besoin de plus de puissance pour donner le meilleur d'elles-mêmes. Avant d'adopter cette approche, vérifiez que votre système d'écoute sonne bien à faible niveau. Le placement des moniteurs joue aussi beaucoup.

Raison 3 : les styles que je mixe

Je travaille surtout en pop, en électro et en rock, parfois en funk ou en disco. Ce sont des musiques assez linéaires en termes de dynamique, comparées au classique, au jazz ou à certaines musiques instrumentales. Et elles sont souvent écoutées en fond : dans des écouteurs, sur une petite enceinte, en faisant autre chose. Rares sont ceux qui s'assoient pour écouter religieusement une chanson pop.

Mixer à bas volume m'oblige donc à rendre le mix intense et présent dans ces conditions-là, qui sont celles de la majorité des auditeurs. Si je mixais fort puis que je baissais le volume une fois le mix terminé, certains éléments perdraient de la présence, il faudrait plus de compression ici ou là, et je devrais retravailler le mix.

Ce n'est pas un volume unique : faites-le varier

Mixer à bas volume ne veut pas dire ne jamais monter le son. Voici comment je procède sur un mix :

  1. Au début, un peu plus fort : pour la balance de volume de départ (grosse caisse, basse, instruments principaux), j'écoute un peu plus fort. C'est comme se rapprocher de l'écran avec une loupe : on perçoit mieux les détails.
  2. Puis plus bas : plus j'avance, plus je baisse, parce que c'est là que je travaille la compression et l'intensité de chaque instrument.
  3. À la fin, une vérification plus forte : je remonte pour m'assurer que le mix tient toujours, que rien ne devient agressif.

Varier les volumes d'écoute pendant un mix, c'est toujours une bonne pratique.

Quand il vaut mieux mixer fort

Tout dépend de la destination de la musique. Si vous mixez de l'électro, de la trance, de la dance ou du hip hop destiné aux clubs, ou si vous savez que votre public écoute très fort, il vaut mieux travailler à un volume plus élevé. À l'époque où je travaillais dans un studio de Montréal qui faisait beaucoup de pop et de hip hop, on mixait souvent fort. C'était fatigant, mais nécessaire : il fallait que ça sonne en club, sans que les voix deviennent agressives à plein volume.

Une question d'habitude

Attention : si vous avez toujours mixé fort et que vous passez demain à bas volume, vous n'obtiendrez pas forcément de bons résultats tout de suite. Avec le temps, j'ai développé mes repères à ce niveau d'écoute. C'est une question d'expérience. Choisissez un volume adapté à votre contexte, gardez-le assez constant pour construire vos repères, et vérifiez régulièrement à d'autres niveaux.

Pour aller plus loin

Le volume d'écoute n'est qu'un des éléments d'une bonne méthode de mix. Dans ma Mix Masterclass, je vous montre toute ma démarche sur une chanson complète, de la balance de départ aux vérifications finales.

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