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La méthode Brauer (Brauerizing) : faut-il vraiment l'appliquer ?

mix
Etienne Tremblay – la méthode Brauer (Brauerizing) en mix

La méthode Brauer, ou « Brauerizing », fait partie des techniques de mix dont tout le monde parle, et on me demande régulièrement mon avis dessus. Je vais être franc : je ne pense pas que ce soit là que vous devriez mettre votre énergie, surtout si vous débutez. Voici ce qu'est cette méthode, pourquoi je m'en méfie, et comment travailler vos sous-groupes de façon plus utile.

C'est quoi, la méthode Brauer ?

La méthode porte le nom de Michael Brauer, un ingénieur de mix américain réputé. Le principe, tel que je le comprends : dès le départ de la session, on crée plusieurs sous-groupes (bus) et on y envoie les instruments qui partagent des plages de fréquences similaires. Par exemple :

  • un sous-groupe batterie et basse ;
  • un sous-groupe claviers et guitares ;
  • un sous-groupe pour les voix ;
  • etc.

Chaque sous-groupe reçoit son propre traitement (égalisation, compression, saturation), déjà en place quand on commence à mixer. On mixe donc « à travers » ces bus traités, un peu comme dans un template que l'on réutilise d'une chanson à l'autre.

Le problème des traitements déjà enclenchés

Mon premier reproche est très concret. Si un compresseur est déjà actif sur le sous-groupe de la batterie au moment où vous faites votre balance de volume, il réagit à tout ce que vous lui envoyez. Or d'une chanson à l'autre, vous ne placerez pas la section rythmique au même niveau.

Un exemple que je vis souvent : il m'arrive de vouloir des toms énormes, presque qui débordent par rapport au reste de la batterie, parce que c'est ce que la chanson demande. Avec un compresseur de bus déjà réglé, les toms se font écraser. Je les monte, je les monte encore, et je ne comprends pas pourquoi ils ne ressortent pas. Si j'enlève le traitement du bus, le problème disparaît. Le traitement préréglé a créé un problème qui n'existait pas.

Pourquoi les méthodes figées freinent votre apprentissage

Plus largement, je déconseille aux débutants de chercher des recettes qu'on applique à tous les contextes. Chaque chanson, chaque arrangement, chaque prise est différente. En partant d'une chaîne figée, vous arrêtez d'écouter ce qui se passe réellement dans votre mix : vous corrigez les effets secondaires de votre template au lieu de répondre aux besoins de la musique.

Le danger, c'est d'apprendre à faire fonctionner une méthode plutôt que d'apprendre à mixer. Je vous encourage à repartir de zéro à chaque mix. C'est comme ça que vous restez connecté à ce que vous entendez, et que votre oreille progresse vraiment.

Avoir des habitudes, oui ; mixer en pilote automatique, non

Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas avoir d'habitudes. J'en ai plein. Sur mes sous-groupes ou sur mon bus master, j'utilise souvent les mêmes compresseurs et les mêmes égaliseurs, et certains traitements reviennent presque à chaque mix parce qu'ils aident presque toujours. Je suis d'ailleurs pour la simplicité en général.

La différence, c'est le moment où ces outils arrivent. Je ne commence jamais un mix avec ces traitements déjà enclenchés. Je les ajoute quand le mix est en place et que j'ai identifié ce dont il a besoin. Si vous aimez un compresseur précis sur votre batterie, très bien : mettez-le quand vous en avez besoin, réglez-le pour cette chanson, et vérifiez qu'il apporte vraiment quelque chose.

Le mix des sous-groupes : une étape clé, mais plus tard

Attention, je ne suis pas en train de dire que le travail des sous-groupes est inutile. Au contraire : c'est une clé pour amener un mix à un autre niveau, et c'est une étape que j'enseigne en détail. Mais je le fais généralement plus loin dans le processus :

  1. On fait d'abord la balance, l'égalisation et la dynamique piste par piste, jusqu'à ce que le mix soit bien placé.
  2. Une fois satisfait, on écoute chaque sous-groupe et on se demande : de quoi a-t-il besoin, concrètement ?
  3. On applique alors seulement les traitements pertinents : un peu de compression pour souder la batterie, une saturation légère pour donner de l'épaisseur aux guitares, une EQ de bus pour ajuster la couleur des voix, etc.

Le travail des bus sert alors de polissage final, adapté au contexte, et pas d'une signature appliquée les yeux fermés. Si le sujet vous intéresse, je détaille mon approche du mix des sous-groupes, et si le routage vous paraît encore flou, commencez par bus, auxiliaires et sous-groupes.

Mon avis, et le vôtre

Je n'ai pas la science infuse, et ce qui compte au final, c'est le résultat. Si la méthode Brauer vous donne de bons mix, tant mieux. Mais si vous apprenez, je pense que c'est une erreur de chercher des traitements statiques : libérez-vous des méthodes figées, écoutez, et répondez à ce que chaque chanson demande. Et je vous encourage à contredire mon opinion : c'est aussi comme ça qu'on évolue.

Apprendre à mixer avec méthode, sans recette

Si vous voulez une démarche solide plutôt qu'un template, ma Mix Masterclass vous montre comment mixer une chanson de A à Z, sous-groupes compris, en prenant les décisions au bon moment. Et pour (re)voir les bases de l'EQ et de la compression, il y a MIX 101.

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