Mixer et compresser un kick : réglages et astuces
Le kick (la grosse caisse) est la fondation de la section rythmique, et c'est souvent lui qui disparaît le premier quand l'arrangement se remplit. Pour bien mixer un kick, il faut quelques astuces pour lui donner de la présence quand l'égaliseur ne suffit plus, et savoir le compresser pour travailler son enveloppe. Voici ma méthode, avec des réglages concrets.
3 astuces pour donner de la présence au kick
L'égalisation et la compression ne suffisent pas toujours. Voici trois techniques que j'utilise dans presque tous mes mix.
1. La saturation multibande
Saturer tout le spectre d'un kick donne vite trop de médiums, trop de grave ou trop d'aigus. La saturation multibande permet de cibler une zone. Sur un kick rock un peu flou (comme s'il y avait une couverture dessus), j'ai saturé seulement entre 1,4 et 7,6 kHz avec FabFilter Saturn. Ça donne le petit côté agressif d'un préampli de console poussé dans le rouge, sans égaliser de façon brutale.
À l'inverse, si votre kick a beaucoup de grave mais peu de contenu dans les médiums, saturez le bas pour générer des harmoniques supérieures : il ressortira beaucoup mieux sur les petits systèmes. Un Decapitator avec son filtre et son réglage de mix (une sorte de saturation parallèle) fait aussi très bien l'affaire.
2. Le layering
Ne vous battez pas pendant des heures avec un seul son de kick. Superposer un deuxième échantillon aux caractéristiques différentes est souvent la meilleure solution. Dans l'exemple, le kick d'origine sonnait comme un ballon de plage. Seul, l'échantillon ajouté n'aurait pas suffi non plus, mais ensemble, avec le grave de l'un et l'attaque de l'autre, le résultat fonctionne.
3. Le transient designer
Situation classique : en fin de mix, avec tous les arrangements, on n'entend plus le kick. On le monte, et toute la balance change, avec souvent trop de grave. Un transient designer règle le problème autrement : il ajoute de l'attaque sans toucher au reste, et il peut aussi raccourcir un sustain qui traîne. Il en existe plusieurs (celui de SPL, TransMod de Sonnox, mon préféré, et bien d'autres) : la plupart se résument à deux réglages, attaque et sustain. Simple, rapide et efficace.
Compresser un kick pour travailler l'enveloppe
Reste la base : bien compresser le kick. La vidéo ci-dessous est un extrait de ma formation sur la compression.
Sur un kick électro, la compression ne sert pas vraiment à contrôler la dynamique : chaque coup est déjà pratiquement au même volume. On compresse plutôt pour changer le rapport entre l'attaque et le sustain du son. L'idée : laisser passer le premier impact, écraser un peu la queue, puis remonter le niveau de sortie. Résultat, l'attaque ressort davantage et le kick perce mieux dans le mix.
Pour ce travail, j'aime un compresseur propre et transparent, avec un contrôle précis de l'attaque et du release (dans l'exemple, le compresseur de base de Pro Tools). Un détail d'ordre : si vous boostez le grave du kick à l'égaliseur, faites-le après le compresseur, pour ne pas que ce boost fasse réagir la compression.
Trouver la bonne attaque à l'oreille
Voici l'exercice que je recommande pour comprendre le comportement de votre compresseur :
- Ratio autour de 4:1 (entre 3:1 et 4:1 est un bon point de départ pour un kick).
- Attaque au plus rapide.
- Baissez le seuil pour obtenir une réduction très importante, 10 à 12 dB. On ne ferait jamais ça en vrai, c'est seulement pour bien entendre.
- Ralentissez l'attaque petit à petit, jusqu'à entendre l'impact du kick revenir.
Avec une attaque très rapide, c'est presque comme si on filtrait les aigus du kick. En ralentissant, le son s'ouvre, parce que le « clic » de l'impact repasse. Sur ce kick électro, assez lent à l'attaque, la zone intéressante se situait entre 10 et 30 ms, et j'ai finalement choisi environ 15 à 17 ms. En zoomant sur la forme d'onde, on voit d'ailleurs que le premier cycle dure environ 11 ms : c'est à peu près ce qu'on veut laisser passer. Un kick acoustique très sec, capté près de la batte, demandera probablement une attaque plus rapide.
Release, gain et knee
Remontez ensuite le seuil pour revenir à une compression raisonnable, puis réglez le release en suivant le tempo : le compresseur doit avoir le temps de revenir à zéro avant le coup suivant. Ici, quelque part entre 150 et 250 ms fonctionne bien. Plus lent n'apporte rien.
Compensez avec le gain de sortie et comparez avec et sans compresseur à volume perçu égal. Sinon, la version la plus forte vous paraîtra toujours meilleure. Quant au knee, je le laisse en Hard Knee : en mode soft, la transition est plus douce, le kick s'arrondit, mais il perd de la clarté et du punch.
Combien compresser ?
En contexte, j'ai environ 2 à 3 dB de réduction de gain. Pour un kick, on dépasse très rarement 3 à 4 dB, et 6 dB commence à être beaucoup. On a l'impression que plus on compresse, plus ça punche, mais passé un certain point, c'est le contraire : on écrase le son et on perd justement le punch. S'il manque de présence à la section rythmique, mieux vaut ajouter une compression parallèle que d'écraser le kick. Pour les erreurs les plus courantes, voyez les erreurs de compression à éviter.
Réglez d'abord en solo pour bien entendre, puis ajustez dans la chanson. Et revenez sur le kick à la fin du mix : plus vous ajoutez d'arrangements, plus ils masquent sa présence.
Pour aller plus loin
Sur un kick électro, la question de la compression se pose aussi autrement : lisez doit-on compresser un kick électro, et pensez toujours au kick avec sa partenaire, en lisant la relation kick et basse. Pour apprendre à régler un compresseur sur chaque instrument, ma formation MIX 101 reprend tout depuis la base. Et si c'est la batterie rock qui vous intéresse, jetez un œil à mes formations individuelles, dont une consacrée au mix de batterie rock.
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