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Mixer une guitare électrique : EQ, compression, disto et réverb

batterie et instruments
Etienne Tremblay – mixer une guitare électrique saturée

Comment mixer une guitare électrique saturée pour qu'elle soit grasse, large et qu'elle passe à travers une grosse batterie et une grosse basse ? Je vous montre ma démarche complète sur un morceau rock moderne, assez rasoir : égalisation, compression, une astuce de délai pour élargir, la distorsion parallèle, puis les réverbs. Les réglages dépendent de ce morceau ; retenez surtout le processus et les questions à se poser.

Le point de départ

Les guitares ont été enregistrées en direct (DI) avec une Telecaster, une pédale fuzz assez sale (la Dirt Transmitter d'EarthQuaker Devices), puis passées dans une émulation d'ampli (Guitar Rig). Deux prises, une à gauche, une à droite. Toutes les guitares passent par un bus commun, ce qui permet de régler leur volume global et de traiter les deux pistes ensemble.

1. Égaliser : la chasse aux bas médiums

Je commence avec un EQ placé sur les deux guitares en même temps : c'est plus simple de les égaliser ensemble. Trois étapes :

  • Nettoyer les bas médiums : les guitares saturées ont souvent trop d'énergie dans cette zone. Je balaie avec une cloche pour trouver la zone à nettoyer, et je retire environ 3 dB, avec un peu moins vers 300 Hz. Attention : beaucoup de l'énergie de la guitare vit là. Coupez trop et elle perd sa présence.
  • Booster la zone où la guitare est forte : ici, autour de 2 à 3 kHz. On ne touche pas encore aux extrêmes, on se concentre sur le milieu du spectre, là où est l'essentiel de la guitare.
  • Filtrer le très grave : un passe-haut à pente assez raide, mais pas trop haut. À 100 Hz, j'enlève beaucoup trop ; je m'arrête vers 40 à 50 Hz maximum. Le grave et les harmoniques graves rendent la guitare riche et grasse. Et plus vous coupez le grave, plus les aigus paraissent agressifs.

Après chaque correction, je compense le volume pour comparer avec et sans l'effet à niveau égal. Sinon, on juge le volume plutôt que le traitement.

2. Compresser, ou pas ?

On me demande souvent s'il faut compresser une guitare déjà saturée. Pas toujours. Ici, je compresse pour lui donner plus de punch, niveler un peu l'énergie dans le grave et la rendre présente mais propre. Je copie l'EQ sur chaque piste et je compresse chaque guitare individuellement.

Point clé : l'attaque d'une guitare n'a rien à voir avec celle d'une caisse claire (2 ou 3 ms) ou d'une grosse caisse. C'est un gros bloc d'énergie dans le temps. Si vous l'écrasez, la guitare devient molle. J'utilise donc un comportement de compresseur vintage, lent, avec un genou doux :

  • Attaque : autour de 60 à 80 ms, pour laisser passer l'impact.
  • Relâchement : 80 à 90 ms.
  • Genou : légèrement adouci, pour une guitare plus ronde (trop doux, elle devient molle).
  • Réduction de gain : environ 3 dB. Au-delà, la guitare ne punche plus et devient une bouillie.

On doit sentir le compresseur réagir sur les impacts, pas compresser en permanence. Et pourquoi deux compresseurs mono plutôt qu'un stéréo ? Pour garder la largeur : deux traitements indépendants conservent la différence entre les côtés. C'est le même principe que pour des micros d'ambiance de batterie éloignés.

3. Colorer en contexte

La dernière égalisation se fait avec tout le mix, jamais en solo : on ne fait pas un album de guitares. Je monte un peu les aigus, plutôt vers 8 kHz, parce qu'un boost plus bas entrait en conflit avec la caisse claire (elle disparaissait). Un petit dB vers 3 kHz, avec parcimonie. Puis un peu de grave pour l'épaisseur. Plus vous boostez les aigus, plus le grave paraît mince : c'est une ligne fine entre une guitare claire et une guitare grasse. Pour les conflits avec la basse et la batterie, voyez les conflits de fréquences.

4. L'astuce du délai pour une guitare plus large et plus serrée

Deux prises différentes donnent de la largeur, mais leurs petites imprécisions s'entendent : les attaques ne tombent pas pile ensemble, et ça nuit au groove. L'astuce : utiliser une seule prise des deux côtés.

  1. Placez la deuxième prise au centre (ou retirez-la).
  2. Envoyez la première guitare dans un auxiliaire mono, en post-fader, pour que l'effet suive le volume de la guitare.
  3. Mettez un délai à 100 % d'effet sur cet auxiliaire et panoramisez-le à droite.
  4. Réglez un délai court, 10 à 12 ms : la guitare devient très large. Trop long, on entend l'écho.
  5. Remontez légèrement le côté retardé : le cerveau perçoit toujours le côté en retard comme moins fort.

Résultat : une guitare plus grosse et parfaitement serrée. Pensez à router la sortie du délai dans le bus des guitares, sinon il échappe à vos traitements de groupe. Pour d'autres idées, lisez mes trucs pour un mur de guitares.

5. La distorsion parallèle pour plus de gras

La vidéo ci-dessous montre le traitement parallèle, pour ceux qui veulent un mur de guitares encore plus massif, comme on l'attend souvent en hard rock et en métal.

Pourquoi ne pas simplement pousser la saturation ou la compression sur les pistes ? Parce qu'au-delà d'un certain point, on obtient une bouillie indéfinie, ni plus large ni plus grosse. Le parallèle permet d'ajouter de la densité en gardant le punch de l'original :

  1. Créez une piste auxiliaire stéréo alimentée par le bus des guitares, en pré-fader pour pouvoir l'écouter seule.
  2. Ajoutez une saturation franche. J'aime beaucoup le Lo-Fi de Digidesign (Avid), une distorsion générique et propre qui se mélange bien.
  3. Égalisez cette piste : la saturation fait ressortir certaines fréquences gênantes. Nettoyez, filtrez les aigus s'ils grésillent.
  4. Mélangez-la doucement sous les guitares directes, puis réajustez le volume de l'ensemble.

En solo, la piste parallèle sonne souvent horrible. Ce n'est pas grave : c'est comme le sel, une cuillère seule est immangeable, mais dans le plat, ça change tout. J'ai aussi testé une émulation de pédale de distorsion : intéressant, mais ce type d'effet devient vite résonant dans les médiums, et je préfère le mélange plus naturel du Lo-Fi. Le même principe fonctionne sur une guitare clean, pour ajouter densité et sustain. Pour les bases de la saturation, voyez mon introduction à la distorsion harmonique.

6. Les réverbs : donner de la profondeur

Dernière étape, la dimension : des guitares enregistrées en direct sont très sèches et très en avant.

Une room réaliste

J'envoie le bus des guitares vers une réverb courte de type room, réaliste, pour placer les guitares dans un espace commun et les lier au reste. Partez d'un preset de pièce assez propre, réduisez la taille et la durée, retirez un peu de grave. Le damping permet aussi de raccourcir les basses fréquences si elles traînent. J'ajoute un EQ après la réverb : un peu moins de médiums résonants, des aigus filtrés si elle est trop brillante. Elle reste discrète dans le mix, mais les guitares respirent.

La réverb longue partagée avec la batterie

J'ai déjà une plate de 2,2 secondes sur la batterie, qui donne le côté rock de stade. J'y envoie aussi les guitares, avec un envoi dosé directement depuis le send (le volume du retour est déjà réglé pour la batterie). Très peu suffit. Ça n'a pas l'importance de la room, mais c'est le petit vernis qui polit l'ensemble, et partager une réverb aide à souder les instruments. Pour en savoir plus, voyez la réverbération.

Pour aller plus loin

EQ, compression, largeur, parallèle, réverb : chaque traitement répond à une question précise sur le rôle de la guitare dans le morceau. Pour voir cette démarche appliquée à une chanson entière, ma Mix Masterclass vous accompagne de la première piste au mix final.

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