Mixer une guitare acoustique : ma chaîne d'effets
La guitare acoustique est un de mes instruments préférés à mixer, et aussi un des plus faciles à abîmer : trop d'EQ ou trop de compression, et elle perd toute sa vie. Pour bien mixer une guitare acoustique, l'objectif est presque toujours le même : la mettre en valeur sans qu'elle entre en conflit avec la voix. Voici ma méthode de base, puis la chaîne d'effets que j'utilise le plus souvent aujourd'hui.
Pour la première démonstration, j'ai travaillé sur « On The Line » de James May, une session multipiste disponible gratuitement sur le site de Cambridge Music Technology. C'est une excellente chanson pour s'exercer : bien arrangée, bien jouée, sans gros problème à régler. D'autres sources sont listées dans où trouver des multipistes gratuits.
1. Nettoyer les basses fréquences
La prise stéréo sonnait bien, avec deux petits défauts : des coups de main sur la caisse qui génèrent des basses inutiles (elles ajoutent du flou), et quelques clics de médiator qui touchent la table. Comme toujours en égalisation, on commence par le nettoyage.
- Un filtre passe-haut à 18 dB par octave, autour de 60 à 70 Hz. Allez-y doucement : plus vous coupez de bas sur une acoustique, plus les aigus deviennent agressifs, et trop haut la guitare sonne vite nasillarde.
- Une légère atténuation vers 100 Hz, où il y avait un petit bourdonnement. Ça évite de monter le filtre inutilement haut pour régler cette zone.
Le résultat est subtil, mais la guitare laisse maintenant de la place à la basse et à la grosse caisse. Pour bien régler ce filtre, voyez aussi mon article sur le low cut (filtre passe-haut).
2. Trouver la zone où la guitare chante
Ensuite, je cherche la couleur à mettre en avant, en écoutant la guitare dans le mix et pas en solo. Ici, je voulais faire ressortir le côté boisé de l'instrument, quelque part entre 800 Hz et 1 kHz. Pour chercher, on peut balayer avec un gros boost, mais une fois la zone trouvée, on réduit nettement le gain et on élargit la cloche. On ne cherche pas un boost précis, juste à pousser un peu la couleur intéressante. Résultat : la guitare et la voix commencent à se « coller » l'une à l'autre et l'émotion du jeu ressort davantage.
3. Une compression rapide et discrète
Après l'EQ, la guitare dépassait parfois et passait par-dessus la voix. La guitare doit être la meilleure amie de la voix, pas lui voler la vedette. J'utilise un compresseur propre et rapide (ici le Waves C1) :
- Ratio : autour de 4:1.
- Attaque : 1 ms.
- Relâchement : 30 à 35 ms.
- Seuil réglé pour que le compresseur ne travaille que sur les coups un peu trop forts.
- Gain de compensation : 1 à 1,5 dB, puisqu'on réduit peu.
Le danger, c'est de vouloir entendre la compression. Sur une guitare grattée, on ne veut pas tout écraser : elle deviendrait molle et sans vie.
4. Une petite pièce pour l'intimité, une grande réverb pour le sustain
Ce qui manquait ensuite, c'était un peu de vie et d'ouverture. Pour la guitare acoustique, j'aime les réverbs de type room : elles placent l'instrument dans un lieu. J'ai choisi une réverb à convolution (à base de réponses impulsionnelles, très réalistes) qui sonne comme une cuisine ou une petite pièce. En y envoyant aussi la voix, les deux se retrouvent dans le même espace.
J'ai ajouté une deuxième réverb, plus longue, pour donner un peu de sustain à une guitare assez rythmique, et j'y ai aussi envoyé la caisse claire pour lier les deux. Le rôle des réverbs ici : ajouter du sustain à l'ensemble sans écraser les transitoires. Si on avait trop compressé la guitare, cette ouverture serait beaucoup moins belle. J'explique ce principe des deux réverbs dans la réverbération : types, réglages et astuces.
5. Savoir s'arrêter
Petit truc : si une guitare a trop d'aigus, plutôt que de les atténuer, essayez de monter un peu les basses (vers 200 Hz) : ça crée un effet de masque et arrondit le coup de médiator. Dans ce cas-ci, en ajoutant des aigus, je n'ai pas aimé le résultat : la guitare était déjà assez brillante et allait entrer en conflit avec la voix.
Avec la guitare acoustique, plus on corrige, plus on risque d'abîmer le son. Retirez régulièrement tous vos plugins et réécoutez la guitare brute dans la chanson. Si elle sonne mieux sans rien, c'est que vous êtes allé trop loin. Le rôle de la personne qui mixe, c'est de faire ressortir la magie qui est déjà sur la piste, pas d'en fabriquer.
Ma chaîne d'effets actuelle
Quelques années plus tard, voici la chaîne que j'utilise le plus souvent, sur une prise stéréo faite avec deux petits micros statiques Neumann, dans une chanson guitare-voix.
Avant les plugins : l'automation de volume. La chanson passe de moments calmes à des passages plus intenses. Plutôt que de demander au compresseur de tout gérer, j'automatise le volume de la guitare. Ensuite :
- Une émulation de tranche de console de type SSL : son filtre et son EQ sont moins propres et plus musclés qu'un EQ numérique. Filtre passe-haut assez haut (environ 117 Hz, la guitare avait beaucoup de bas), compresseur intégré très doux, et une cloche large d'environ +2,6 dB vers 3,9 kHz. Un peu de saturation du plugin, en plus, nettoie la perception des bas-médiums. Attention au gain : compensez le volume pour comparer honnêtement avec et sans.
- Un EQ propre pour les corrections fines (FabFilter Pro-Q) : ici à peine -0,8 dB vers 470 Hz. Très subtil.
- De la distorsion harmonique : souvent une émulation de magnéto à bande (par exemple la J37 de Waves). La bande crée une compression naturelle, et changer la vitesse retire un peu de définition dans l'aigu quand la guitare est trop vive. J'aime superposer plusieurs couches de traitement qui contrôlent la dynamique chacune un peu, plutôt que de pousser un seul compresseur.
- Une émulation de transformateur : poussée un peu, elle compresse et remonte légèrement les basses et ajoute des harmoniques, comme une compression multibande très douce.
- Un EQ pour l'air, en fin de chaîne : le Maag EQ4 et sa bande Air, avec environ 2 dB au-dessus de 10 kHz. Toutes les guitares n'en ont pas besoin : parfois, il faut au contraire enlever des aigus.
Dans ce contexte guitare-voix, je ne règle pas une attaque très rapide sur le compresseur : un peu de dynamique ne dérange pas. Avec un groupe complet, j'accélérerais l'attaque pour mieux tenir la guitare.
Pour aller plus loin
Tout commence par une bonne prise : si ce n'est pas déjà fait, lisez comment enregistrer une guitare acoustique. Et si vous voulez maîtriser les bases de l'EQ et de la compression qui servent dans chaque étape de cette chaîne, ma formation MIX 101 est faite pour ça.
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