Distorsion ou saturation : la différence et 3 façons de saturer
Distorsion ou saturation : on utilise les deux mots un peu partout, souvent comme synonymes. La réponse n'est pas si claire, mais il y a une distinction utile à connaître, surtout quand on choisit un plugin. Je vous l'explique simplement, puis je vous montre trois façons concrètes de saturer le bus batterie d'un beat pour lui donner plus d'énergie.
La distorsion : un terme très large
On parle de distorsion pour toutes sortes de dégradations du signal, numériques ou analogiques, de la plus subtile à la plus extrême.
La distorsion numérique
- Subtile : la distorsion harmonique des convertisseurs quand on enregistre très près du 0 dBFS.
- Désagréable : quand on dépasse le 0 dBFS, le maximum numérique, le signal est écrêté net. Le résultat n'a rien de musical.
- Extrême et créative : le bitcrushing, qui réduit la résolution (passer de 24 à 8 bits, par exemple) et donne une distorsion très colorée, très utilisée en électro.
- Involontaire : même la conversion d'un WAV en MP3 introduit une forme de distorsion, par imprécision de l'encodage.
La distorsion analogique
Elle aussi va du très subtil (un préampli à lampes qu'on pousse un peu) au très intense, comme la fuzz, qui écrête franchement le signal et dont le son très particulier rappelle un peu le comportement de lampes défectueuses.
La saturation : saturer un circuit
On parle de saturation quand on surcharge un circuit au-delà de ce qu'il peut accepter. Aujourd'hui, le terme désigne surtout la saturation de la bande magnétique et celle des lampes.
Ce qui la rend musicale : contrairement à l'écrêtage numérique, la bande ne coupe pas brutalement le signal. Les crêtes sont arrondies graduellement, on obtient une forme de compression naturelle et une distorsion non linéaire, imparfaite, que l'oreille trouve agréable. D'où la foule de plugins qui émulent la bande ou les lampes.
En résumé : une saturation est généralement une distorsion, mais une distorsion n'est pas forcément une saturation. Le bitcrushing ou la conversion en MP3 distordent sans rien saturer. Et dans vos plugins, un « saturateur » sera en général plus subtil qu'une « distorsion », et basé sur la bande ou les lampes. Pour la théorie des harmoniques, voyez mon introduction à la distorsion harmonique.
3 façons de saturer un beat
Passons à la pratique sur le bus batterie, avec un beat électro très simple.
Pourquoi saturer la rythmique ? Pour trois raisons :
- L'intensité : psychoacoustiquement, on associe la saturation à l'énergie, voire à une certaine violence. Une saturation non linéaire agit davantage sur les attaques que sur le sustain, ce qui renforce cette impression.
- La compression naturelle : elle ramène un peu le sustain et l'ambiance vers l'avant.
- Les harmoniques : un kick dont la fondamentale est vers 60 Hz s'entend mal sur un petit système. En générant des harmoniques à 120 Hz, 180 Hz et au-dessus, on l'entend mieux partout.
1. La saturation de bande
C'est ma suggestion classique quand une section rythmique manque d'effort et de vie, en particulier avec les batteries virtuelles. Avec une émulation de bande (comme VTM de Slate Digital, il en existe beaucoup d'autres), jouez avec le niveau d'entrée : poussez pour plus de couleur, et n'hésitez pas à revenir en arrière. Trop, et la dynamique est écrasée en bouillie. Sur le bus stéréo de toute la chanson, réduire l'entrée donne souvent une coloration plus subtile et plus juste. Voyez aussi les émulations de bande magnétique.
2. L'émulation de console ou de préampli
Deuxième piste : les plugins qui émulent des préamplis et des consoles. Le Decapitator de Soundtoys est un excellent exemple : une vraie machine à couleur, avec un mix dry/wet qui permet de doser. Si la rythmique paraît trop mince et manque de viande dans le grave, on peut pousser un réglage assez extrême, couper un peu d'aigus, puis ramener le mix pour n'en garder qu'une touche. Le Pre 1973 d'Arturia (une émulation de préampli de style Neve) est aussi très intéressant. Ces outils cassent le côté statique de l'enregistrement numérique : on oublie qu'une part du son de grands mixeurs vient du matériel qu'ils font saturer, une console SSL ou Neve qu'on pousse. On peut retrouver ça en restant dans l'ordinateur.
3. La saturation multibande
Mon approche préférée. Avec un outil multibande comme le module Exciter d'Ozone, on choisit un type de saturation par bande :
- Grave : saturation de bande, pour les harmoniques qui aident le kick à s'entendre sur tous les systèmes. Assez subtile, avec le mix dry/wet.
- Médiums : juste une petite touche pour ouvrir. J'évite les bas-médiums, qui rendraient le son boueux.
- Aigus : je les évite souvent, car saturer des hi-hats déjà présents devient vite agressif, à faire saigner les oreilles.
- Une saturation à lampes sur une bande médiane, pour ajouter du mordant.
On peut faire la même chose avec le Quadrafuzz de Cubase ou Saturn de FabFilter.
Avec parcimonie
La saturation renforce l'impression d'intensité, enrichit la réponse en fréquence, colle les éléments ensemble et ramène l'ambiance. Mais elle devient vite trop. Comparez toujours avec et sans, à volume égal, car une saturation fait souvent monter un peu le niveau et l'oreille préfère toujours le plus fort.
Pour aller plus loin
La saturation fait partie des outils que j'utilise dans presque tous mes mix. Pour voir comment je l'intègre avec l'EQ et la compression, du premier fader au bounce final, rendez-vous dans la Mix Masterclass.
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