Faire puncher un refrain : trucs de mix et d'arrangement
Rien n'est plus triste qu'une bonne chanson dont le refrain est sous-produit. Pour qu'un refrain punche, il doit monter en intensité par rapport au couplet, et ça se joue autant dans l'arrangement que dans le mix. Voici mes trucs les plus efficaces : des voix supplémentaires, des effets et de la saturation qui évoluent, des couches de percussions, et des automations de volume et d'égalisation.
1. Doubler la voix (par trois)
Si vous n'êtes pas à l'aise avec les harmonies, doublez simplement la voix principale. Mais ne faites jamais une seule voix de plus : faites-en trois, une au centre, une à gauche, une à droite. L'image stéréo s'ouvre d'un coup.
Que ce soient des doublures ou des harmonies, vous pouvez réutiliser les traitements de la voix principale, en retirant certains boosts dans les aigus. Vous pouvez même atténuer un peu la zone entre 1 000 et 4 000 Hz sur ces voix : on obtient un effet plein et riche sans que les voix secondaires entrent en conflit avec la voix principale à l'avant-plan. Plus de détails dans des back vocals plus pro.
2. Faire évoluer les effets
Automatisez le volume de la réverbération ou du délai pour qu'ils augmentent au refrain, ou ajoutez carrément un effet absent des couplets. Vous pouvez aussi explorer le phaser, le flanger, ou un effet comme le MicroShift de Soundtoys (un très court délai désaccordé qui élargit la stéréo). On crée ainsi un univers un peu différent, qui fait monter l'intensité.
3. Saturer un peu plus
Sur mes voix, j'ai très souvent une saturation comme le Decapitator de Soundtoys ou le Saturn de FabFilter. Au refrain, j'augmente simplement un peu la saturation. Comme l'arrangement s'enrichit (plus de claviers, de voix, de percussions), cet ajout a une double fonction : la saturation compresse un peu la voix et réduit sa dynamique, et elle ajoute du mordant et des harmoniques qui la font ressortir. Pour cette technique, voyez faire ressortir une voix avec la saturation parallèle.
La réverb de room saturée sur la caisse claire
Un truc redoutable : envoyez la caisse claire dans une réverb de room assez courte, puis saturez cette réverb de façon très agressive, jusqu'à la dénaturer. Ajoutez-la seulement aux refrains : on gagne en présence et en intensité. Attention à la dose : trop, et les couplets paraîtront petits, sans dimension. J'en laisse parfois un peu dans les couplets pour éviter une transition trop brutale entre les deux sons de batterie.
On peut aussi ajouter une légère saturation supplémentaire sur toute la batterie, toutes les voix ou toutes les guitares au refrain. C'est simple et ça fonctionne très bien.
4. Ajouter des percussions et des couches
Le classique : un tambourin au refrain, pour un petit groove de plus. Mais on peut aussi ajouter des couches sans changer la ligne rythmique :
- un deuxième kick, avec beaucoup d'attaque, très agressif, qui fait ressortir le kick quand l'arrangement se remplit ;
- un clap en layer avec la caisse claire, pour une couleur différente et plus de punch.
5. Les automations de volume
C'est le plus simple, et on l'oublie trop souvent. Dans un morceau rock, la batterie est très compressée pour avoir de l'énergie, ce qui la rend assez linéaire : même si le batteur frappe plus fort au refrain, la compression a écrasé cette différence. Il faut donc la recréer. Même problème en musique électronique, où les sources sont souvent très linéaires.
Dans la chanson de l'exemple, l'arrangement aide déjà (guitares, basse synthé et chœurs qui entrent au refrain). Au mix, j'ai ajouté :
- kick : +1,4 dB au refrain ;
- overheads : +2 dB, ce qui ouvre les cymbales et remonte aussi la caisse claire, déjà très présente dans ces micros (pas besoin de toucher à sa piste) ;
- micros de room : remontés légèrement, seulement au dernier refrain, pour grossir encore la batterie.
Si votre section rythmique est déjà à fond partout, faites l'inverse : baissez la batterie, les grosses guitares ou les synthés dans les couplets. C'est ce qu'on fait dans énormément de gros succès pour que les refrains explosent.
L'astuce du limiteur en musique dance
Quand tout est écrasé d'un bout à l'autre, monter le kick en amont ne change plus grand-chose : le limiteur l'absorbe. Le dernier recours : baisser le volume de sortie du limiteur de 3 à 5 dB une ou deux mesures avant le refrain, puis le ramener au refrain. L'oreille perçoit une montée d'intensité. Pour mieux comprendre ces outils, voyez clipper, limiteur ou maximizer.
Bonus : automatiser l'égalisation
Au refrain, les guitares et les chœurs remplissent les hauts médiums et les aigus, et la caisse claire peut paraître plus terne. Sur sa piste de trigger, j'ai donc automatisé un EQ (simplement l'automation de son bypass, dans Pro Tools) qui ajoute 3 dB vers 8 kHz uniquement aux refrains. C'est subtil, mais combiné au boost des overheads, la caisse claire reste ouverte.
Même idée sur un kick en rock ou en métal : quand la double pédale arrive au refrain, un boost vers 4 kHz évite de perdre le kick, et on peut retirer un peu de 30 Hz pour éviter que le grave devienne un grondement. N'ayez pas peur de jouer avec l'égalisation de certains éléments : c'est parfois plus efficace qu'une simple automation de volume.
Pour aller plus loin
Un refrain qui punche, c'est le résultat de nombreuses petites décisions prises tout au long d'un mix. Dans la Mix Masterclass, je vous montre comment les prendre sur des chansons complètes. Et si vous voulez que votre chanson bénéficie de ce travail sans y passer des heures, voyez mon service de mix.
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