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Rendre un mix plus analogique : plugins, hardware et vérité

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Etienne Tremblay – rendre un mix plus analogique

On mixe presque tous « in the box », avec des prises souvent très propres. Comment rendre un mix plus analogique, lui redonner de la couleur, du grain et un peu de ces imperfections qui donnent de la vie ? Voici cinq techniques simples avec des plugins, puis ce que le matériel analogique fait réellement au signal (courbes mesurées à l'appui), et enfin ma réponse honnête à la question : faut-il acheter du hardware ?

1. Les émulations de console

Quand Slate Digital a sorti sa Virtual Console Collection (Virtual Channel et Virtual Mix Buss), ça m'a vraiment redonné le goût de mixer dans l'ordinateur. Ce type d'émulation est non linéaire : la distorsion varie selon l'impact du signal. On choisit un modèle de console (j'aime le « Brit », plus coloré) et on dose le drive avec les niveaux d'entrée et de sortie, de subtil à complètement saturé.

Je les mets souvent sur les bus de la section rythmique, et plutôt vers la fin du mix, quand il manque un petit quelque chose : ça ajoute un beau grain, un peu de vie.

2. Les émulations de bande

Le charme de la bande, c'est un léger jeu dans le pitch (le wow et le flutter), un peu de mouvement dans la dynamique et de la saturation. Les émulations comme la J37 de Waves ou VTM de Slate changent beaucoup la couleur et la dynamique de certaines fréquences. Si vous en mettez une sur le master, faites-le dès le début du mix, puisqu'elle influencera vos choix. La seule que j'ajoute parfois à la toute fin, c'est le Vintage Tape d'Ozone, assez transparent.

Attention : la bande ne convient pas à tous les styles. Dans un mix qui doit rester propre, elle peut apporter un flou inutile. Dans ce cas, essayez-la plutôt sur certains sous-groupes. Pour comparer les modèles, voyez mon comparatif d'émulations de bande magnétique.

3. Les réverbs à réponse impulsionnelle

Les réverbs à convolution (IR) utilisent des échantillons de vraies pièces : Waves en propose une, Cubase a REVerence, et la plupart des DAW en intègrent une. Je les utilise beaucoup sur les claviers, avec une petite pièce (un preset de studio, par exemple), pour leur donner un espace réaliste. Je resserre souvent le panoramique de la réverb près de l'instrument, pour qu'elle l'enrobe sans envahir toute l'image stéréo, et je peux retirer un peu de bas pour l'alléger. C'est particulièrement efficace sur les pianos, Rhodes et clavinets, ces instruments qu'on aurait autrefois enregistrés avec des micros devant un ampli ou au-dessus de l'instrument.

4. Une légère modulation du pitch

Un vibrato lent et peu profond sur un clavier ou un gros pad, c'est un classique des productions aux accents rétro. Un plugin comme Super VHS de Baby Audio, avec son effet de dérive (drift), donne un résultat semblable. N'en abusez pas, ça peut vite donner le mal de mer : juste assez pour créer un peu de mouvement.

5. La bonne vieille saturation

On ne se trompe jamais avec un peu de distorsion. J'utilise le Decapitator de Soundtoys dans presque tous mes mix, mais les saturations à lampe ou à bande intégrées à votre DAW (comme Tube Saturation et Tape Saturation dans Cubase) font très bien l'affaire pour ajouter un peu de mordant. Gardez en tête que la saturation fait aussi ressortir le bruit de fond. Pour aller plus loin, lisez mon introduction à la distorsion harmonique.

Ce que le matériel analogique fait vraiment au son

Avec EQ Curve Analyzer de Bertom (un plugin gratuit qui affiche la courbe réelle d'un traitement : une instance au début de la chaîne génère le signal, une autre à la fin l'analyse), j'ai mesuré ma chaîne de bus master analogique : le Crème RC de Tegeler, le compresseur à lampes Schwerkraftmaschine et un égaliseur passif Bettermaker. Ces machines sont pilotées par plugin, avec un rappel automatique des réglages, très pratique quand on travaille sur plusieurs projets.

  • Simplement insérer le hardware, tout neutre : du bruit (donc potentiellement des harmoniques) et de très légères pertes dans le haut et le bas, de l'ordre d'une fraction de dB.
  • Le Crème RC, EQ à zéro : un énorme boost dans le grave (plus de 5 dB vers 35 Hz, qui commence autour de 150 Hz), un petit creux dans les médiums et une perte d'extrême aigu. D'où l'impression de « chaleur ».
  • Le Schwerkraftmaschine : une bosse dans le grave suivie d'une coupure assez marquée dans l'extrême bas, environ 2 dB de plus à 18 kHz (le fameux « sparkle » des lampes), et des courbes différentes à gauche et à droite, qui élargissent naturellement la stéréo.
  • L'EQ passif Bettermaker, sans boost : une bosse typique vers 60 Hz et une légère perte d'aigus, comme une petite inclinaison naturelle.

Tout ça s'additionne en un changement majeur de la réponse en fréquence, de la stéréo et des harmoniques. C'est souvent ça, le fameux « X factor » de l'analogique : c'est un peu comme si on venait de mettre un gros EQ sur le signal. Sur une guitare acoustique, la chaîne retire un côté nasillard dans les médiums, ajoute du bas et un peu de brillance.

C'est très utile avec les prises faites en home studio sur du matériel très linéaire (cartes son et micros d'entrée de gamme, très propres, parfois froids). Mais on peut reproduire ces courbes avec des plugins : émulations de lampes, de bande et un EQ bien réglé. Le hardware va juste plus vite. Et parfois, il enlève de la précision : dans ce cas, je reste dans l'ordinateur. Même logique dans mon comparatif LA-2A plugin ou analogique.

Faut-il acheter du hardware ?

On me demande souvent si un sommateur analogique (une machine qui reçoit plusieurs pistes et les additionne en une sortie stéréo) ou un compresseur externe réglerait les problèmes d'un mix. Ma réponse : si vous n'êtes pas satisfait de vos productions, le hardware ne sera jamais la solution. Il apporte une couleur, parfois une texture intéressante, mais un des grands rôles d'un sommateur est d'ajouter de la distorsion harmonique, ce que les plugins savent très bien faire. Beaucoup de professionnels travaillent presque uniquement dans l'ordinateur.

Le vrai avantage du matériel, c'est de mettre les mains dessus : la relation avec l'outil change. Mais un contrôleur peut offrir la même chose. Un pad pour jouer mes beats, par exemple, améliore mon interprétation, et ça vaut autant, sinon plus, qu'un sommateur.

Si vous hésitez, la réponse est probablement non. Investissez d'abord dans votre acoustique et votre système d'écoute, puis pratiquez. Petit exercice utile : faites des tests à l'aveugle, sans regarder quel appareil vous écoutez. Vous pourriez être surpris de vos préférences.

En résumé

Un peu de console, de bande, d'espace réel, de mouvement et de saturation suffit souvent à réchauffer un mix trop numérique, à condition de doser et de comparer à volume égal. Et si vous préférez confier la touche finale de vos chansons à quelqu'un d'autre, mon service de mastering en ligne est là pour ça. Pour apprendre à doser ces couleurs vous-même, du début à la fin d'une chanson, il y a la Mix Masterclass.

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