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Le sound replacement : remplacer ou renforcer une batterie

batterie et instruments
Etienne Tremblay – le sound replacement de batterie

Le sound replacement consiste à remplacer ou à renforcer les sons d'une batterie acoustique (kick, caisse claire, toms) par des samples synchronisés sur le jeu du batteur. C'est devenu une pratique extrêmement courante, en mix comme en live, et c'est l'une des façons les plus efficaces d'obtenir un gros son de batterie. Voici à quoi ça sert, comment le faire dans votre session et comment bien choisir vos samples.

Deux façons de faire du sound replacement

Avec un plugin, au mix

Un plugin analyse les transitoires (l'impact) de la piste de kick, de caisse claire ou de tom, puis déclenche à chaque coup un autre sample, parfaitement synchronisé et qui suit la vélocité du jeu. J'utilise Trigger de Slate Digital, qui est abordable et fonctionne très bien. Il existe d'autres outils du même genre, comme Drumagog ; Pro Tools proposait aussi à une époque son propre Sound Replacer.

Avec des triggers physiques

Les triggers sont de petits capteurs fixés sur le fût, en contact avec la peau de frappe. À chaque coup, ils génèrent une impulsion électrique qu'on peut envoyer dans un module de batterie (l'Alesis DM5 a été très populaire) pour déclencher un son. En live, notamment en métal, c'est ce qui permet d'avoir un kick clair et défini même quand le batteur joue de la double pédale très rapide, ce qui serait impossible avec un simple micro.

En studio, on peut aussi enregistrer uniquement l'impulsion des triggers, sans module, et s'en servir ensuite pour déclencher les samples. L'avantage : l'impulsion ne contient pas de repisse. Avec un micro de tom, la caisse claire peut s'infiltrer et déclencher des sons de tom par erreur.

Pourquoi remplacer le son d'une batterie

  • On ne contrôle pas toujours la prise de son : un batteur qui arrive avec une peau complètement morte, et le kick sonne ordinaire.
  • Une frappe irrégulière : dans un blast beat, la force de frappe sur la caisse claire diminue et le timbre change. Même problème avec une pédale de kick mal ajustée qui fait rebondir la batte.
  • Le mauvais instrument : on a un kick de 18 pouces mais on rêve d'un 24 pouces bien profond. Aucun accordage ne fera ce miracle.

L'usage varie selon le style. En rock, pour que le kick et la caisse claire traversent un mur de guitares, on mélange presque toujours un sample avec le son original. En métal, le kick est souvent remplacé à 100 % ; j'ai même vu des sessions sans kick acoustique, avec un simple pad, ce qui permet de quantizer la double pédale sans toucher au reste du kit. En indie ou en R&B, on peut ajouter des samples plus sales pour un ton différent. Et en hip-hop ou en électro, partir du groove d'un vrai batteur puis remplacer les sons donne souvent un résultat plus vivant qu'un beat programmé. Ariane Moffatt l'a fait de façon très créative sur « La fille de l'iceberg » : la batterie, jouée avec des triggers, commence avec uniquement des samples électro, puis le son acoustique entre au fil du crescendo.

Réglages pas à pas avec Trigger

  1. Le routage : créez une piste auxiliaire mono, envoyez-y le kick en envoi pré-fader (pour pouvoir écouter le sample seul) et insérez-y Trigger.
  2. Le retrigger : c'est le temps minimal avant qu'un nouveau sample puisse être déclenché. Mal réglé, on entend des déclenchements doubles ; autour de 20 ms, c'est déjà beaucoup plus propre.
  3. Le seuil (Detail) et la sensibilité : seul ce qui dépasse le seuil déclenche un sample. Trop bas, la repisse de la caisse claire va déclencher des kicks fantômes.
  4. La phase : étape essentielle. Le sample peut démarrer avec une polarité inverse de celle du kick original, et le mélange perd alors du grave. Inversez la phase et gardez la position qui donne le plus de bas.
  5. L'égalisation du sample : dans mon exemple, le sample était un peu trop brillant. Une atténuation vers 4 kHz et un filtre passe-bas l'ont rendu plus musical.

Je garde presque toujours un peu du kick original : c'est plus naturel. Le sample apporte l'appui et le petit claquement qui manquaient.

La caisse claire : régulariser la dynamique

Même routage pour la caisse claire. Trigger alterne entre plusieurs samples selon la force de frappe, et leurs résonances un peu différentes peuvent donner des résultats étranges. J'utilise donc souvent les réglages de dynamique et de vélocité pour générer un sample presque toujours au même volume. Mélangé à l'original qui, lui, varie, on obtient une caisse claire naturelle mais plus régulière. Je ne garde que rarement le sample seul : ça sonne vite un peu froid. Vérifiez là aussi la phase. Pour aller plus loin, voyez comment faire exploser une caisse claire.

Les toms : plus délicat

Les toms sont plus difficiles : le signal est faible et la caisse claire entre fort dans les micros. Il faut monter le seuil jusqu'à trouver le point où tous les coups de tom sont captés sans déclenchements parasites, et trouver des samples dont l'accordage se marie avec l'original. Le sound replacement marche mieux avec des coups francs, comme en métal, qu'avec un jeu nuancé.

Mon conseil : à la fin d'une séance d'enregistrement, demandez au batteur quelques coups francs sur chaque tom, la caisse claire et le kick. Vous aurez des samples du vrai kit, sans repisse, qui se mélangeront beaucoup plus naturellement que ceux d'un kit accordé complètement autrement. Pour la prise elle-même, voyez comment enregistrer une batterie acoustique.

Bien choisir ses samples (l'exemple du métal)

En métal, choisir les samples est l'une des premières choses que je fais au début d'un mix. Pour ce morceau, j'ai fini par retenir des samples gratuits trouvés sur le site The Metal Kick Drum, après avoir essayé ceux de Trigger et de Drumagog.

  • Le kick : les samples plus naturels étaient trop longs, avec plus d'attaque dans les médiums, un peu nasillards. Avec beaucoup de double pédale, ça créait de la confusion. Le sample retenu, assez éloigné d'un kick naturel, a plus d'attaque et reste net dans les passages rapides.
  • La caisse claire : le sample choisi contient déjà de la réverbération, ce qui ne me dérange pas du tout en contexte. Les autres options avaient trop d'attaque et auraient été difficiles à placer en volume sans prendre toute la place.

Je garde un peu de la caisse claire et du kick originaux sous les samples : ça aide à les intégrer au reste de la batterie (overheads, room).

Dernier conseil : faites cette recherche de samples la veille du mix. Ça peut prendre dix minutes comme plusieurs heures. Après trois heures à écouter des kicks, vous n'aurez plus ni la concentration ni l'envie de faire un bon mix.

Pour aller plus loin

Le sound replacement n'est qu'une étape : il faut ensuite équilibrer, compresser et placer la batterie dans le mix. Mon guide pour mixer une batterie couvre la suite, et ma formation courte mix batterie rock vous montre toute la démarche sur un vrai multipiste.

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