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Enregistrer une batterie acoustique : placement des micros

batterie et instruments
Etienne Tremblay – placement des micros pour enregistrer une batterie

Enregistrer une batterie acoustique, c'est souvent la prise la plus exigeante d'une session : beaucoup de micros, beaucoup de préamplis et un instrument qui sonne autant dans la pièce que sur chaque fût. Je vous montre ici deux prises de batterie que j'ai faites en studio, micro par micro, avec le raisonnement derrière chaque placement : grosse caisse, caisse claire, toms, cymbales, overheads, ambiances et vérification de la phase.

Adapter le nombre de micros au kit et au studio

Pour la première session, avec un groupe de rock progressif, le kit était énorme : grosse caisse de 22 pouces, une rangée de toms, deux floor toms et beaucoup de cymbales. J'avais 16 entrées disponibles au studio, et c'est ce nombre qui a dicté le plan de micros.

Tous les fûts n'ont pas besoin de leur micro. Sur ce kit, le plus petit tom (8 pouces) n'était pas micro, parce qu'il servait peu et que le micro voisin le captait très bien. Quand un élément est un peu négligé, l'important est que les autres micros le ramassent et qu'on puisse le remonter au mix.

La grosse caisse : un micro dedans, un micro dehors

La recette classique, c'est deux micros complémentaires :

  • À l'intérieur ou dans le trou de la peau de résonance : un micro dynamique de grosse caisse comme l'AKG D112 donne un son propre et défini, avec l'attaque de la batte. Sur la première session, j'avais aussi un micro PZM (un condensateur plat) posé au fond de la grosse caisse pour l'attaque, et le D112 placé dans le trou pour les basses et la résonance.
  • À l'extérieur : sur la deuxième session, j'avais d'abord mis un condensateur à lampe devant la grosse caisse, mais même avec le pad il saturait complètement. J'ai essayé un micro à ruban abordable (un Apex 210) et j'ai été agréablement surpris : un bas très rond, très doux, un peu comme ce qu'on obtient avec un subkick (un haut-parleur utilisé comme micro pour capter l'extrême grave). J'ai simplement filtré les aigus au mix.

La caisse claire : dessus et dessous

Pour la peau du dessus, le SM57 reste un choix sûr. En dessous, un deuxième micro capte le timbre (les chaînes). Sur la première session, c'était un deuxième SM57 ; sur la seconde, un AKG C414, que j'adore sous la caisse claire : il ajoute un beau bas, toujours efficace. Si vous hésitez entre deux classiques pour ce rôle, voyez mon comparatif SM57 vs Beta 57A.

Toms, charleston et ride

Sur les toms, des dynamiques de proximité font très bien le travail : SM57, SM58, SM7B ou des micros d'instrument de la série Beta de Shure, et sur les floor toms un Audix D6 ou un Sennheiser MD 421 (que je préfère souvent quand il y en a). Sur la première session, j'ai aussi mis un petit condensateur Neumann KMS 105 sur un des toms, avec un résultat très intéressant.

Une question qu'on me pose souvent : faut-il un micro sous les toms quand il n'y a pas de peau de résonance ? Généralement non. Le dessous sonne étrange, avec peu d'attaque et un son mal défini. On peut toujours ajouter un micro dessous pour la résonance, mais ce n'était pas pertinent pour ces sessions.

Pour la charleston, j'ai utilisé selon les cas un micro à ruban cardioïde (très réussi) ou un SM7B, et aussi un SM7B sous la ride pour capter la cloche. Le SM7B n'a pas une grande finesse, mais il rejette bien le reste du kit, ce qui donne une piste facile à travailler. J'ai simplement réduit un peu le 60 Hz et monté le 12 kHz avec les EQ en plateau du préampli. Ces micros d'appoint ne servent parfois que ponctuellement au mix, les overheads captant déjà bien les cymbales.

Les overheads : AB élargi ou XY réaliste

Sur le gros kit, j'ai fait une prise AB avec deux condensateurs. Plutôt que de placer un micro à gauche et un à droite du batteur de façon traditionnelle, je prends l'axe grosse caisse et caisse claire comme centre, et je mesure pour que chaque overhead soit à la même distance de la caisse claire. Sur un kit aussi large, l'AB laisse un trou au centre : j'ai donc ajouté un Neumann U87 au milieu, et par-dessus un micro à ruban bidirectionnel (en figure de huit). Avec le U87, il me permet une écoute en MS pour enrichir encore la stéréo. Résultat : des cymbales très riches, en trois dimensions.

Pour la deuxième session, présentée dans la vidéo ci-dessous, je voulais l'inverse : une image réaliste, sans la stéréo exagérée de l'AB où la caisse claire part parfois trop d'un côté.

J'ai donc fait une prise XY avec deux Neumann KM 184, placés au-dessus de la tête du batteur, pointés vers le kit avec un angle assez ouvert. Comme les deux capsules sont au même endroit, il n'y a aucun problème de décalage entre caisse claire et grosse caisse. L'image respecte le point de vue du batteur (caisse claire un peu à gauche, grosse caisse un peu à droite), et même les toms sonnent très proprement dans les overheads seuls. Je détaille ces techniques dans les prises de son stéréo XY, AB et MS.

Les micros d'ambiance

Un Royer R-121 placé à environ un mètre devant le kit m'a donné une belle « room » mono qui ouvre la batterie (en le plaçant plus bas, il aurait ramassé un peu plus de grosse caisse). J'avais aussi deux micros plus éloignés dans les coins de la pièce. Ces deux-là sonnaient de façon assez différente et un peu étrange en phase, parce que je n'avais pas aligné leur distance par rapport à la caisse claire. Au mix, il faudra peut-être les recaler, ou n'en garder qu'un en mono. On filtre généralement le grave et un peu de médiums sur ce genre de piste pour éviter l'effet salle de bain. Mais ne les négligez pas : une grande partie de la résonance des toms se passe dans la pièce.

Toujours vérifier la phase

C'est l'étape qu'on ne peut pas sauter : vérifiez la phase de chaque micro de proximité par rapport aux overheads, avec les inverseurs de polarité des préamplis. On compare le micro de grosse caisse avec les overheads, puis la caisse claire, puis les toms. Sur la deuxième session, j'ai finalement inversé la polarité de la grosse caisse extérieure et celle du dessus de la caisse claire. Je revérifie aussi tout avant de commencer le mix.

Dernier conseil : gardez ça le plus simple possible. Pour un son rock old school, retirer des micros au mix change la vibe, alors qu'empiler tous les micros donne un son plus moderne. Et avant même de parler de micros, rappelez-vous que la source compte avant tout : un kit bien accordé, c'est la moitié du travail (voir aussi comment accorder une caisse claire sans résonances).

Et au moment du mix

Une fois la batterie enregistrée, tout reste à faire : balance, compression des overheads, gates, réverbe. Ma formation courte mix batterie rock vous montre comment je traite ce genre de prise, du kick aux ambiances. Et si vous préférez me confier la chanson, mon service de mix est là pour ça.

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