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Mixer une batterie : kick, caisse claire, toms et overheads

batterie et instruments
Etienne Tremblay – mixer une batterie acoustique

Pour mixer une batterie acoustique, il n'y a pas de recette magique, mais il y a une méthode. Celle-ci vient de ma formation sur le mix de batterie rock : balance, nettoyage des toms, EQ des overheads et de la room, résonances de la caisse claire, puis compression du kick et de la caisse claire. Les techniques s'appliquent à tous les styles avec de la batterie acoustique (folk, rock, métal), et aussi aux batteries virtuelles, qui ont elles aussi besoin d'être mixées.

Le multipiste de l'exemple compte un micro dans la grosse caisse, une caisse claire dessus et dessous, un charley, six toms, deux overheads et des micros d'ambiance (room).

1. Préparer le terrain : écoute et phase

Écoutez chaque piste et vérifiez la phase entre les micros. Dans l'exemple, elle avait été soignée à la prise de son, donc je n'ai rien réaligné : quand une batterie a été bien captée, on essaie de garder ce son.

2. La balance de volume

C'est la base de l'esthétique rock, et il faut garder une bonne plage dynamique. Si vous placez déjà la grosse caisse et la caisse claire tout près de 0 dBFS, vous n'aurez plus de marge pour le reste.

  • En boucle sur le passage le plus fort, placez la grosse caisse autour de -12 dBFS : c'est généralement l'élément le plus puissant du mix, il devient la référence.
  • Placez le reste à l'oreille. La grosse caisse et la caisse claire doivent toujours rester présentes : si vous devez remonter la caisse claire parce que les guitares sont trop fortes, baissez plutôt les guitares.
  • Écoutez à un volume suffisant (je travaille autour de 80 dB SPL ; voyez comment calibrer ses moniteurs). En mixant trop bas, on a tendance à trop compresser la batterie, trop tôt.

La stéréo des overheads

Des overheads complètement panoramiqués à 100 % sonnent souvent trop larges, surtout quand les guitares et les rooms occupent déjà les côtés. Je les ramène un peu vers le centre : c'est plus réaliste et plus musical. Je garde les deux pistes séparées pour corriger un éventuel déséquilibre, et je les envoie dans une auxiliaire pour les traiter et les compresser ensemble. Je mixe du point de vue du batteur (charley à gauche, ride à droite), mais c'est une question de goût.

3. Nettoyer les toms

Les toms ramassent beaucoup de repisse et résonnent. Je mets un gate sur chacun, puis je copie-colle et j'ajuste seuil et release :

  • ratio élevé pour une fermeture propre ;
  • range autour de -20 à -30 dB : je ne ferme pas complètement, car un peu de repisse rend la batterie plus naturelle et moins chirurgicale ; je baisse davantage sur un tom qui fait entendre une note de résonance ;
  • release plus lent pour les gros toms, afin de suivre leur sustain.

Quand un tom est joué de façon soutenue (un roulement sur le floor tom, par exemple), le gate fonctionne mal. Plutôt que de se battre avec, éditez la piste : coupez les zones où le tom ne joue pas et baissez-les d'une vingtaine de décibels, avec des crossfades. Placez ensuite les toms dans la stéréo au même endroit que dans les overheads, et n'ayez pas peur de les mettre forts : ce sont des événements qui doivent marquer.

4. Filtrer les overheads, la room et les autres micros

Pour une grosse caisse définie et punchy, je mets tôt un low cut assez haut sur les overheads (pente classique de 18 dB/octave), pour que le grave de la grosse caisse vienne surtout de son propre micro. Les micros éloignés captent le kick en retard, ce qui le rend plus flou. Surveillez la zone de 100 à 130 Hz : si elle est boomy, montez le filtre. J'enlève aussi un peu de 400 Hz et de 1 kHz pour réduire les médiums. Plus de détails dans mixer les overheads.

Sur la room, un filtre plus raide mais placé plus bas, juste pour retirer le rumble : on veut garder sa viande, elle aide la batterie à sonner gros. J'y atténue aussi le côté nasillard vers 370 Hz. Ensuite :

  • caisse claire : low cut vers 70 Hz, en gardant la zone de 100 Hz (on peut même booster 80 à 100 Hz pour lui donner du corps) ;
  • charley : low cut plus haut, sans aller trop loin, car trop filtrer peut le rendre agressif ;
  • toms : low cut vers 30 à 50 Hz, pente de 20 à 30 dB/octave ; leur viande se situe plutôt autour de 200 Hz.

La batterie est alors plus tight : remontez la grosse caisse d'environ 1 dB pour compenser le grave retiré ailleurs.

5. Les résonances de la caisse claire

Le micro du dessus capte souvent une résonance gênante, qui deviendra pire une fois la caisse claire compressée. Mais elle fait aussi partie de son énergie : il faut doser. Ma méthode :

  1. Chantez ou sifflez la résonance pour la repérer approximativement.
  2. Faites un boost étroit et balayez jusqu'à ce qu'elle saute aux oreilles ; affinez en entrant la fréquence à la main (dans l'exemple, environ 700 Hz).
  3. Atténuez-la, puis cherchez les suivantes : en retirer une en révèle souvent une autre juste en dessous (ici vers 500 Hz).
  4. Ne touchez que légèrement à la fondamentale (vers 200 Hz) et au pic vers 300 Hz : c'est la viande de la caisse claire.

Remettez-la régulièrement en contexte : en solo, on va presque toujours trop loin.

6. Compresser la grosse caisse

Sur la grosse caisse et la caisse claire, je pose d'abord une compression légère avec un compresseur propre (le compresseur de base de Pro Tools ou le C1 de Waves) : ça facilite ensuite l'égalisation.

  • Attaque pas trop rapide (évitez sous 10 ms) pour laisser passer le punch.
  • Release rapide, sous 100 ms, surtout s'il y a des doubles coups.
  • Environ 3 dB de réduction : pas besoin de plus.

Un EQ nettoie ensuite les médiums chargés de résonances, en contexte avec la basse et les guitares : en solo, on en enlève toujours trop. Un second EQ après le compresseur ajoute un peu de viande. Si le grave reste décevant, on le renforcera avec des samples : voyez le sound replacement.

7. Compresser la caisse claire

Sur une caisse claire déjà claire et pleine d'attaque, la compression sert surtout à contrôler la dynamique : attaque assez rapide, compression légère. Ce qui manque viendra de l'EQ, de la compression parallèle et des samples.

  • Micro du dessous : compressé un peu plus, en laissant passer un peu d'attaque pour garder le claquant du timbre. Pour lui donner du mordant, j'ai utilisé une émulation d'EQ Neve (le V-EQ de Waves), plus agressive qu'un EQ numérique transparent, avec des boosts vers 3 kHz et 5 kHz. Ce micro capte peu de charley : on peut le faire briller sans rendre le charley agressif.
  • Micro du dessus : un léger boost d'environ 1,8 dB vers 1 kHz a suffi pour redonner de la présence.
  • Charley : je ne le compresse généralement pas, car ce qu'on compresse surtout dans ce micro, c'est la caisse claire qui y entre.

Aller jusqu'au bout du mix de batterie

On fait peu sur chaque piste, petit à petit, pour garder la vie de la prise. La suite (compression des overheads, compression parallèle, samples, bus de batterie) est dans ma formation Mix Batterie Rock, avec le multipiste pour refaire le mix chez vous. Elle fait partie de mes formations individuelles.

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