Dans quel ordre placer les effets dans votre mix ?
« Dans quel ordre est-ce que je dois mettre mes effets ? » C'est une question qu'on me pose souvent. Il n'y a pas d'ordre obligatoire, mais il y a des règles de base logiques, qui découlent toutes d'un même principe. Je vous les explique à partir de ma chaîne de plugins sur une voix, puis sur une grosse caisse, un bus de batterie et le bus de mix.
Le principe : les plugins sont en série
Dans une piste, les traitements s'enchaînent : le premier plugin alimente le deuxième, qui alimente le troisième, et ainsi de suite. Chaque traitement modifie donc ce que reçoit le suivant. Tout l'enjeu de l'ordre des effets est là : comprendre comment un plugin influence le comportement de celui qui vient après. Les règles qui suivent sont celles que j'applique le plus souvent, mais je m'en écarte régulièrement. Prenez-les comme un point de départ, pas comme une loi.
Ma chaîne type sur une voix
- Auto-Tune : quand il y en a un, je le place tout au début de la chaîne. Il doit recevoir la voix brute.
- EQ de nettoyage : filtrage des basses fréquences, retrait des médiums qui masquent la voix.
- Premier compresseur, rapide : il contrôle les pics de dynamique.
- Deuxième compresseur, plus lent : attaque et relâchement plus longs, il resserre l'ensemble de façon plus musicale.
- De-esser : pour moi, souvent après les compresseurs.
- De-click : seulement si nécessaire.
- EQ de couleur : les boosts, en fin de chaîne.
- Saturation, modulation, délai : selon l'effet recherché (voir plus bas).
Nettoyer avant de compresser
Pourquoi l'EQ de nettoyage avant la compression ? Parce que le compresseur réagit à toute l'énergie du signal. Si vous laissez les basses fréquences inutiles et les médiums qui encombrent, il va travailler beaucoup plus, et réagir à des choses qui ne vous intéressent pas. Retirez-les d'abord, et le compresseur ne réagira qu'à ce qui compte. Pour savoir quoi retirer, voyez les étapes de l'égalisation en mix.
Il peut m'arriver de faire de petits boosts dans le même EQ de départ, par exemple dans les hautes fréquences : ils affectent peu le comportement du compresseur. Mais en général, mes boosts arrivent en fin de chaîne, souvent avec un EQ différent, plus coloré, qui ajoute un peu de distorsion harmonique et du mordant dans les aigus. En pop, ce genre de texture est très intéressant.
Deux compresseurs plutôt qu'un
Sur une voix, j'utilise généralement deux compresseurs : un premier assez rapide pour attraper les pics, puis un second plus lent qui remonte l'ensemble de façon plus musicale. Chacun fait moins d'effort, et le résultat est plus naturel qu'un seul compresseur qui travaillerait très fort. Si vous hésitez sur les modèles, lisez mon article sur les types de compresseurs.
De-esser et de-click : avant ou après ?
Certains collègues placent le de-esser avant la compression. Pour ma part, je le mets le plus souvent après, et honnêtement les deux fonctionnent bien. C'est une question de goût et de façon de travailler. Ma raison : les « s » commencent souvent à me déranger une fois que la voix est bien compressée, puisque la compression les fait ressortir. Je règle donc le de-esser à ce moment-là. Plus de détails dans mon article sur le de-esser et la sibilance.
Le de-click (comme ceux de la suite RX d'iZotope) est un outil de nettoyage plus particulier, que je n'utilise pas souvent. Il sert quand on entend trop de petits bruits de bouche : la personne est un peu déshydratée, ou c'est tout simplement sa façon de chanter. Je le place aussi après la compression, qui rend ces bruits plus audibles.
Les boosts en dernier, surtout dans le grave
Même logique que pour le nettoyage, mais à l'envers : si vous faites un boost de 3 dB à 60 Hz sur une grosse caisse et qu'un compresseur suit, il va travailler beaucoup plus. Chaque fois que vous retouchez votre boost, vous devez réajuster le compresseur. La méthode la plus confortable :
- Réglez votre compresseur jusqu'à être satisfait du ratio, de l'attaque, du relâchement, de l'enveloppe.
- Faites ensuite vos boosts, après le compresseur.
Comme ça, vous pouvez modifier vos boosts autant que vous voulez sans revenir sur la compression.
Où placer la saturation
Prenons une grosse caisse avec un Decapitator de Soundtoys. Je le mets généralement après l'EQ de nettoyage et après la compression, pour deux raisons :
- Un signal plus régulier : après compression, la dynamique est plus stable, donc la saturation travaille de façon plus constante. Avant le compresseur, selon la dynamique, elle travaille parfois trop, parfois pas assez, et c'est plus difficile à doser.
- Les basses fréquences : une saturation génère des harmoniques à partir de ce qu'elle reçoit. Si elle reçoit des sons très graves inutiles, elle va créer des harmoniques au-dessus de votre filtre, même si vous filtrez après. Filtrez donc avant. Les saturations réagissent aussi fortement au grave : le résultat sera plus subtil et plus musical.
Parfois, au contraire, on veut que la saturation s'entende dans le grave. Sur une basse électrique, il m'arrive de placer la saturation après mes boosts pour qu'elle soit bien audible dans le bas. Rien d'interdit : il faut juste savoir ce que l'on fait. Pour comprendre ce que fait la saturation, voyez mon introduction à la distorsion harmonique.
Modulation et délai
Les effets temporels (délai, chorus, flanger, phaser) se placent en général après la compression, l'EQ et la saturation. Si vous mettez un délai directement en insert sur une piste et qu'une saturation ou un compresseur le suit, l'effet sera beaucoup plus présent, parce qu'il sera lui aussi saturé et compressé. Si vous le voulez plus subtil, placez-le après.
Sur les bus : on se casse moins la tête
Sur un bus de batterie, par exemple, je compresse souvent en premier, puis j'ajoute un EQ, de la saturation ou une stimulation harmonique. Même s'il y a du nettoyage ou des boosts à faire, je les fais souvent après : les pistes ont déjà été traitées en amont, donc l'EQ placé plus loin a moins d'impact sur le comportement du reste.
Sur le bus de mix, j'ai généralement deux compresseurs, puis je garde un emplacement libre pour un EQ de nettoyage au cas où, puis un EQ pour les boosts. Et le dernier plugin de la chaîne est toujours le limiteur : il réduit les pics, relève le volume global et empêche la sortie du logiciel de saturer.
Pour aller plus loin
Retenez surtout le principe : chaque plugin modifie ce que reçoit le suivant. Une fois que vous l'avez compris, vous pouvez déroger aux règles en connaissance de cause. Pour bien maîtriser l'EQ et la compression, les deux outils qui structurent toute chaîne d'effets, ma formation MIX 101 reprend tout depuis la base.
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