GUIDES GRATUITS

À quel niveau enregistrer ? La règle du -18 dBFS

home studio
Etienne Tremblay – à quel niveau enregistrer, la règle du -18 dB

À quel niveau enregistrer ? Il y a énormément d'idées fausses sur ce sujet, chez les amateurs comme chez les professionnels. Le mythe que j'ai rencontré le plus souvent dans ma carrière : enregistrer le plus fort possible, parce que « ça sonne mieux ». En numérique, c'est faux, et ça peut même abîmer vos productions. Voici pourquoi je recommande d'enregistrer autour de -18 dBFS, et comment l'appliquer concrètement.

Un réflexe hérité de la bande analogique

Sur une bande analogique, il était essentiel d'enregistrer le plus près possible du 0 dB (sur les VU-mètres de l'époque). Le but : éloigner le signal du souffle de la bande. Quand on baissait ensuite les volumes au mix pour placer chaque piste, on baissait aussi ce bruit de fond. De plus, un signal enregistré trop bas ne magnétisait pas suffisamment la bande : la réponse en fréquence était moins linéaire, et ça sonnait moins bien.

En numérique, le problème du bruit de fond a pratiquement disparu. Celui qui reste vient de vos micros et de votre carte son. Et même le matériel le plus bas de gamme d'aujourd'hui a un bruit de fond bien plus faible que le matériel haut de gamme des années 70 et 80. Enregistrer fort pour « passer au-dessus du bruit » n'a donc plus de raison d'être.

Le vrai problème : les convertisseurs

Le convertisseur, c'est la composante de votre carte son qui transforme le signal électrique analogique en données numériques (des 1 et des 0). La plupart des convertisseurs ne sont pas conçus pour recevoir un signal très fort en permanence : plus le niveau est élevé, plus ils génèrent de distorsion harmonique.

Cette distorsion n'est pas forcément audible de façon évidente. C'est une dégradation subtile : elle rend le son plus agressif et lui fait perdre de la profondeur et de la tridimensionnalité. Sur un seul instrument, vous ne l'entendrez peut-être pas. Mais quand vous enregistrez 5, 10, 15 ou 20 pistes, cette dégradation s'additionne, et là, elle commence à faire mal à vos productions. Pour mieux comprendre ce phénomène, lisez mon introduction à la distorsion harmonique.

La règle : une moyenne de -18 dBFS

Je vous suggère d'enregistrer avec une moyenne autour de -18 dBFS. Sur beaucoup de vumètres de logiciels, c'est à peu près la jonction entre le vert et le jaune. L'idée :

  • la plupart du temps, le signal reste dans le vert ;
  • de temps en temps, sur les passages plus forts, il touche le jaune ;
  • en aucun cas il ne va dans le rouge.

Il n'y a aucune raison valable de faire saturer numériquement une prise. Cette distorsion numérique est rarement musicale et on ne peut pas revenir en arrière. Si vous voulez de la distorsion, ajoutez-la après l'enregistrement : vous contrôlerez le type de saturation et la quantité.

C'est particulièrement important pour la batterie et la basse électrique : enregistrées trop près du 0, elles perdent de leur richesse dans le bas du spectre. Si vous prenez l'habitude d'enregistrer autour de -18, vous entendrez la différence sur la richesse et la profondeur de vos productions.

Le -18 se règle au préampli, mais se lit dans le logiciel

Dans la deuxième vidéo, je réponds aux questions qui revenaient le plus souvent après la première.

Première confusion : -18 dB n'est pas un réglage du bouton de gain du préampli. C'est le niveau que doit afficher le vumètre de votre logiciel. Vous ajustez le gain du préampli de votre carte son jusqu'à ce que le signal module en moyenne autour de -18 dBFS dans votre logiciel :

  • une source peu forte (voix douce, guitare acoustique jouée légèrement) demandera de monter le gain ;
  • une source très forte (ampli de guitare, caisse claire) demandera de le baisser.

Quelques pics qui dépassent, c'est normal, par exemple quand le chanteur s'emporte sur un passage. Ce qui compte, c'est la moyenne. Prenez aussi le temps de repérer où se trouve -18 dB sur le vumètre de votre logiciel : chaque fabricant dessine ses vumètres à sa façon, et la graduation peut être placée plus haut ou plus bas. Seul l'aspect visuel change, la valeur reste la même. Si les vumètres vous embrouillent, voyez les erreurs à éviter en metering.

« Ma voix est trop faible par rapport à la musique »

C'est l'autre remarque qu'on me fait souvent : en enregistrant à -18, on n'entend pas assez sa voix dans le casque. La solution n'est surtout pas de monter le gain du préampli. Vous avez trois options qui ne changent rien au niveau d'enregistrement :

  1. Monter le fader de la piste de voix dans votre logiciel : il agit sur l'écoute, pas sur ce qui est enregistré.
  2. Baisser le volume de la musique. Si votre instrumental est sur plusieurs pistes, envoyez-les dans un sous-groupe stéréo et baissez simplement le fader de ce groupe.
  3. Monter le volume général de votre casque.

Le même principe s'applique à n'importe quel instrument : on ajuste l'écoute, pas le niveau d'entrée. C'est aussi la base d'un bon gain staging au moment du mix.

Des prises propres, un mix plus facile

Bien enregistrer, c'est la moitié du travail. Si vous voulez ensuite apprendre à mixer ces pistes de façon méthodique, ma formation Mix Masterclass vous accompagne de la session brute jusqu'au mix final. Et pour commencer sans rien dépenser, mes guides gratuits sont disponibles ici.

À lire aussi

EQ 101 GRATUIT

Accédez gratuitement à la formation EQ 101 qui vous donnera de solides bases sur les techniques d'égalisation.

EQ 101 GRATUIT