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Smart EQ et Gullfoss : ces EQ sont-ils vraiment intelligents ?

tests de plugins
Etienne Tremblay – test des EQ intelligents smart:EQ et Gullfoss

Les EQ dits intelligents promettent d'analyser votre son et de corriger automatiquement son équilibre fréquentiel. J'ai testé deux des plus connus, smart:EQ de Sonible et Gullfoss de Soundtheory, sur un mix pop-funk déjà terminé, puis sur un kick, un bus de batterie et un bus de voix. Je vous préviens : j'ai un préjugé défavorable envers tout ce qui fait du traitement automatique à notre place. J'ai essayé de le mettre de côté pour être juste, et le résultat n'est pas tout blanc ou tout noir.

Deux approches très différentes

Les deux plugins n'ont pas grand-chose en commun, à part la promesse d'automatiser l'égalisation :

  • smart:EQ écoute le signal pendant quelques secondes (mode d'apprentissage), puis propose une courbe d'égalisation fixe selon un profil choisi (voix parlée, différents instruments, etc.). Ensuite, on règle l'intensité globale de la correction et on peut modifier chaque point de la courbe.
  • Gullfoss travaille en temps réel, un peu comme un compresseur multibande très fin : il réagit en permanence au contenu et fait bouger les fréquences d'un instant à l'autre.

smart:EQ sur le mix complet

Je l'ai placé à la fin de la chaîne du bus master, juste avant le limiteur. Premier étonnement : parmi les profils, il n'y a pas de profil pour une voix chantée masculine ou féminine, seulement la voix parlée (Speech) et une série d'instruments. Pour un mix complet, on reste sur le profil standard.

Après l'apprentissage, la courbe proposée est assez classique : une petite atténuation vers 500 Hz, un léger boost dans le grave et un creux dans les médiums. Ce sont des corrections qu'on fait souvent en mastering pour contrôler les bas-médiums et garder une impression de corps. On peut ensuite jouer sur l'intensité, réduire l'effet sur les côtés de l'image stéréo par rapport au centre, ou déplacer chaque point. Le côté subjectif reste donc entre nos mains.

Personnellement, je n'ai pas trouvé que ça apportait quelque chose à ce mix. Et surtout, ça change la façon de travailler. Au lieu de me demander quels éléments je veux corriger ou mettre en valeur selon le style, le contexte et l'émotion recherchée, je passe mon temps à me demander si le plugin améliore ou abîme le son. Ce n'est pas un mode de questionnement que je trouve fertile en création.

Il peut quand même rendre service si votre mix est déséquilibré et que vous ne savez pas d'où vient le problème : la courbe donne des pistes. On peut aussi sauvegarder plusieurs états (couplet, refrain) et passer de l'un à l'autre avec de l'automation.

Gullfoss sur le mix et le bus de batterie

Gullfoss se règle avec quelques paramètres simples :

  • Recover fait ressortir les éléments masqués ;
  • Tame calme les éléments trop dominants ;
  • Bias change le rapport entre les deux ;
  • Brighten donne plus ou moins de brillance ;
  • Boost Bass ajoute ou retire de la présence dans le grave par rapport aux médiums.

C'est plus intuitif que de dessiner une courbe, et sur le mix complet j'ai d'abord été un peu bluffé. Mais quand on pousse les réglages, tout bouge en même temps et ça devient vite déroutant. Détail amusant : s'il y a un bruit de fond très bas (vers -70 ou -80 dB), Gullfoss peut le remonter, puisqu'il cherche à rendre audible ce qui est masqué.

Le seul paramètre que j'aime vraiment, c'est Recover. Je ne le mettrais pas forcément sur un mix stéréo, mais il peut être intéressant à expérimenter sur un bus de batterie. Là encore, je suis partagé : par moments c'est séduisant, par moments j'entends les éléments se promener, s'ouvrir, se refermer, et ça finit par donner un peu la nausée, comme lire en voiture.

Sur un kick : on revient dix ans en arrière

smart:EQ a un profil pour le kick. Sur mon kick, déjà égalisé avec un boost marqué vers 60 Hz, il propose un gros creux entre environ 200 et 500 Hz. Or, dans la pop actuelle, les kicks sont souvent bien chargés dans cette zone : ça fait partie de la couleur du moment. En la retirant, on revient à une sonorité de kick d'il y a dix ans. Dans le contexte de ce morceau, je préférais presque l'option inverse.

Ça illustre bien le problème : beaucoup de mix qui me font vibrer ne sont pas parfaitement propres ni parfaitement équilibrés. Ce sont parfois justement leurs défauts qui leur donnent leur esthétique et leur attitude. Rendre tout correct et propre peut aussi rendre la musique un peu triste.

Gullfoss sur le kick, lui, fait des mouvements allant jusqu'à 24 dB sur certaines fréquences : pas l'idéal sur une piste aussi transitoire. Il me semble plus à sa place sur des bus ou sur un mix complet. Pour égaliser un kick à la main, voyez mes réglages pour mixer un kick.

Sur la voix : propre, mais pas forcément musical

Sur le bus de voix, avec le profil voix parlée de smart:EQ, le résultat est clairement plus net : ça nettoie beaucoup de bas-médiums. Mais ça enlève aussi la chaleur de la voix, et je tiens à cette rondeur pour qu'elle reste agréable dans tous les contextes d'écoute.

Dans un autre contexte, en revanche, je comprends tout à fait l'intérêt. Pour le mix d'un documentaire avec plein de voix parlées différentes et peu de temps, ce type d'outil peut sauver la mise et rendre les voix plus intelligibles. Gullfoss sur la même voix bouge beaucoup trop ; le paramètre Tame serait peut-être le plus utile, pour calmer les crêtes. Pour faire ce travail à la main, je vous renvoie à mon article sur les fréquences clés pour égaliser une voix.

Le piège : « plus propre » sonne toujours mieux sur le moment

Avec un bon outil, si je coupe des bas-médiums sur à peu près n'importe quel signal sans réfléchir au contexte, il y a de fortes chances que je trouve spontanément que c'est mieux. Ça enlève le côté chargé. Mais si on fait ça partout, on obtient des mix creusés, sans corps et sans énergie, qu'on n'a plus aucun plaisir à écouter. Quand on écoute de bons mix bien masterisés, on se rend compte qu'il y a une vraie présence dans le grave et les bas-médiums.

Ces plugins boostent aussi souvent les aigus, et le grave pour compenser : on a alors l'impression que notre mix sonne moins bien sans eux, ce qui est trompeur. J'en parle aussi dans l'erreur n°1 en mix.

Mon verdict

Ce ne sont pas des outils inintéressants. Gullfoss pourrait trouver sa place sur certains bus en pop, électro ou dance, où ce mouvement peut devenir un effet. smart:EQ peut servir de diagnostic, ou de solution rapide en postproduction de voix parlée. Mais pour la musique, je préfère faire mes choix moi-même, en fonction de ce que la chanson demande. Si vous voulez apprendre à prendre ces décisions d'égalisation vous-même, avec méthode, c'est exactement ce qu'on travaille dans MIX 101.

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