LUFS et LKFS : définition et utilisation en mastering
LUFS, LKFS : ces sigles reviennent partout dès qu'on parle de mastering et de streaming. Qu'est-ce que ça veut dire, et est-ce vraiment utile ? Oui, et pas qu'un peu : c'est la mesure qui détermine si votre master sera baissé par YouTube ou Spotify. Voici une explication simple de ce qu'est le LUFS, de la différence avec le RMS, et de la façon de l'utiliser pour régler le volume final de vos chansons.
LUFS et LKFS : la même chose
LKFS signifie « Loudness, K-weighted, relative to Full Scale », et LUFS « Loudness Units relative to Full Scale ». Pendant un temps, le LUFS a été présenté comme une version améliorée du LKFS, mais aujourd'hui les deux désignent exactement la même mesure. On utilise plus souvent LUFS, plus simple à écrire.
« Full Scale », c'est le 0 dBFS, le maximum absolu dans un système numérique. Les valeurs sont donc négatives : -14 LUFS, -11 LUFS, etc. Une unité LU équivaut à 1 dB.
La différence avec le RMS
Vous connaissez sans doute deux lectures classiques sur un meter :
- le crête (peak) : la valeur instantanée la plus forte ;
- le RMS : une moyenne de l'énergie sonore, dont on peut régler la vitesse de rafraîchissement.
Le problème du RMS, c'est qu'il ne reflète pas bien l'impression de volume. L'oreille humaine n'est pas linéaire : elle ne perçoit pas toutes les fréquences avec la même intensité. Deux morceaux au même niveau RMS peuvent sembler très différents en volume.
Comment fonctionne la mesure LUFS
Le LUFS est en quelque sorte un RMS amélioré, qui imite la perception humaine. Deux particularités :
- Une pondération en fréquence : avant la mesure, le signal passe par un filtre qui coupe les basses (un filtre passe-haut autour de 100 Hz) et par un shelf qui remonte les hauts-médiums et les aigus d'environ 4 dB à partir de 2 kHz environ. Pourquoi ? Parce que ces fréquences contribuent beaucoup plus à l'impression de puissance que les graves.
- Une mesure dans le temps : la lecture intégrée commence quand vous lancez la lecture et se poursuit jusqu'à l'arrêt. L'algorithme écarte les passages très faibles pour ne pas fausser la moyenne. On obtient une vue d'ensemble beaucoup plus fidèle que le RMS.
La plupart des meters affichent aussi des valeurs à court terme (momentary, short-term), utiles pour voir l'évolution d'une section à l'autre.
D'où vient cette mesure ?
Elle a été développée pour la télévision. Quand la mise en ondes, autrefois assurée par des techniciens expérimentés qui se fiaient à leurs oreilles et à leurs VU-mètres, a été confiée à des systèmes automatisés, ces machines étaient incapables de juger l'impression de volume. Résultat, on a tous vécu ça : des publicités qui arrivaient beaucoup plus fort que l'émission, jusqu'à 10 dB d'écart. Le public s'est plaint, et cette méthode d'analyse a permis d'uniformiser le volume perçu d'un programme à l'autre.
Pourquoi ça compte pour votre musique : la normalisation
Les plateformes de streaming comme YouTube et Spotify font de la normalisation du volume (loudness normalization). Elles analysent le volume moyen de chaque morceau et, s'il dépasse leur standard, elles le baissent. Le but est de mettre fin à la guerre du volume, qui a donné au début des années 2000 des masters extrêmement compressés.
Conséquence directe : masteriser très fort pour le streaming ne sert à rien. Pire, à impression de volume égale, un morceau qui a gardé sa dynamique sonnera bien mieux qu'un morceau écrasé au limiteur puis redescendu par la plateforme. Il aura plus de punch, d'impact et de clarté. Pour savoir où viser selon les plateformes, voyez à quel volume masteriser pour le streaming.
Quelles valeurs viser ?
À l'époque de la vidéo, les tests d'utilisateurs situaient la référence de YouTube autour de -13 LUFS (la plateforme ne publiait pas le chiffre officiellement). On cite aujourd'hui généralement des valeurs autour de -14 LUFS pour YouTube et Spotify. Si votre master est à -11 LUFS, il sera simplement baissé. Mieux vaut alors réduire le travail du limiteur pour vous rapprocher de la valeur cible. Le style musical compte aussi : les valeurs varient d'un genre à l'autre.
Pour un CD, qui n'est pas normalisé, -12 LUFS en moyenne me semble tout à fait suffisant dans bien des cas, mais on peut aller plus fort ou moins fort selon le contexte. Et à l'inverse, viser -10, -8 ou -6 LUFS pour YouTube est inutile : le morceau devient distordu et finit quand même baissé. Pour bien régler le limiteur, voyez mes 3 conseils sur le limiteur en mastering.
Analyser ses références
Le meilleur réflexe : analyser des morceaux de référence dans votre style. Dans la vidéo, j'utilise un meter de type radar, très parlant visuellement parce qu'il montre l'évolution du volume dans le temps. J'analyse « Get Lucky » de Daft Punk, un master très réussi avec une belle dynamique : il tourne en moyenne autour de -11 LUFS, mais commence vers -13 ou -14 LUFS et monte progressivement. C'est normal, et même souhaitable : la dynamique, c'est ce qui fait que la chanson a du punch.
Il existe de nombreux meters LUFS gratuits : cherchez « LUFS meter freeware ». Analysez vos masters et vos références avant de les mettre en ligne. Et pour éviter les mauvaises lectures, lisez les erreurs de metering à éviter.
Pour aller plus loin en mastering
Le LUFS n'est qu'un outil de mesure : le vrai travail, c'est d'obtenir un master à la fois fort, dynamique et équilibré. C'est ce qu'on apprend en détail dans ma formation mastering. Et si vous préférez confier vos chansons à une oreille extérieure, voyez mon service de mastering en ligne.
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