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À quel volume masteriser pour le streaming ?

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Etienne Tremblay – le volume du mastering pour le streaming

À quel volume masteriser pour Spotify, YouTube et les autres plateformes de streaming ? C'est une question qui revient sans cesse, et qui génère beaucoup de confusion. Voici comment fonctionne la normalisation, le niveau que je vise réellement en LUFS et pourquoi, ce qu'il faut savoir sur le true peak et les formats, et pourquoi deux chansons au même LUFS ne sonnent pas forcément aussi fort.

Comment fonctionne la normalisation

Les plateformes de streaming analysent le volume de votre master en LUFS (ou LKFS, c'est la même chose) : un algorithme qui mesure l'énergie perçue du morceau. Le lecteur ajuste ensuite le volume de lecture, généralement autour de -14 LUFS. Si votre master est très écrasé, par exemple à -8 LUFS, le lecteur le baissera d'environ 6 dB, et il risque de sonner moins puissant qu'un master plus dynamique. Pour les bases, lisez mon article sur les LUFS.

La valeur qui compte est le LUFS intégré, la moyenne sur toute la chanson, pas le short-term qui varie d'un passage à l'autre. Un outil gratuit comme le Youlean Loudness Meter fait très bien le travail.

Le sweet spot : entre -10 et -12 LUFS

Faut-il donc masteriser à -14 ? En pratique, presque jamais. Quand j'analyse le travail de mes collègues et les titres pop qui marchent, on est rarement à -14 : on est plutôt entre -10 et -12 LUFS intégrés. Sur YouTube, la plupart des titres pop sont baissés d'environ 4 dB par le lecteur, signe d'un master autour de -10.

Pourquoi ? Parce qu'à -14, il y a souvent un peu trop de dynamique pour une écoute réelle : avec de petits écouteurs dans un environnement bruyant, on doit monter le volume, et certains pics deviennent agressifs. Entre -10 et -12, on réduit un peu la dynamique sans trop abîmer le mix, au profit du confort d'écoute. Personnellement, je vise souvent -10, que j'ajuste selon le style et les retours de l'artiste : une musique acoustique ou plus aérée peut garder plus de dynamique qu'un titre pop ou hip-hop très commercial.

Un seul master, le plus souvent

Je fournis généralement un seul master, pour éviter la confusion. Entre -10 et -12 LUFS, il convient très bien au streaming comme au pressage CD. Quelques nuances :

  • True peak : je ne dépasse pas -1 dBTP pour les plateformes de streaming.
  • SoundCloud : la plateforme compresse fortement l'audio en MP3, ce qui peut créer des artefacts et de la distorsion. Je laisse parfois un peu plus de marge en sortie de limiteur.
  • Vinyle : on peut fournir un master plus dynamique, plus proche de -14 LUFS. Mais la plupart des usines acceptent un master à -10 ; contactez-les pour connaître leurs spécifications, car le vinyle impose ses propres compromis. Voyez le mastering pour vinyle.

Écoutez votre master une fois encodé

Même si vous envoyez un fichier de haute qualité, la plateforme le convertit. Certains outils de mastering ont une fonction de prévisualisation des codecs pour écouter le résultat en 192 ou 256 kbps : on peut perdre un peu d'aigus ou de grave, et corriger en conséquence. La différence est souvent subtile, et une partie peut être du placebo : ne vous racontez pas d'histoires.

Pour un album

Équilibrez d'abord les volumes des chansons entre elles avant de traiter l'ensemble, pour ne pas écraser tout l'album à cause de deux ou trois titres plus faibles. Et sur les chansons très dynamiques, gérez la dynamique dès le mix avec des automations de volume, plutôt que de tout demander au limiteur.

Le streaming a changé le mastering

À l'époque du CD, la normalisation se faisait au niveau des crêtes : tous les disques jouaient jusqu'à 0 dBFS, donc un album masterisé à -8 LUFS sonnait beaucoup plus fort qu'un autre à -14. D'où la guerre du volume, et l'anxiété des artistes à l'idée de sonner moins fort que les autres.

Avec la normalisation par le loudness, la logique s'inverse, et j'ai vu les attentes de mes clients évoluer. Il m'arrive maintenant qu'on me demande un master moins fort et plus dynamique, ce qui était presque inédit avant. Je propose désormais d'emblée des masters entre -10 et -12 LUFS, en expliquant qu'on peut aller plus fort si on le souhaite, et la plupart des clients acceptent ce premier master.

Le limiteur ne disparaîtra pas pour autant. Il apporte une coloration (une distorsion) qui fait partie de l'esthétique de certains styles et renforce l'impression d'intensité. Et on écoute de plus en plus de musique dans des environnements bruyants. L'avenir, à mon avis, c'est ce juste milieu entre dynamique et couleur du limiteur. Plus de détails dans le limiteur en mastering.

Mon rêve, irréaliste je le sais : que chaque album soit disponible en deux versions, une avec limiteur pour les écoutes dans le bruit, et une sans, avec toute sa dynamique.

Pourquoi certains artistes semblent plus forts

Un internaute était convaincu que certains artistes paient YouTube pour sonner plus fort. Pour en avoir le cœur net, j'ai enregistré directement la sortie du lecteur YouTube dans Cubase, via la fonction loopback de ma carte son, sans aucun gain ajouté. Résultat : « Disco Maghreb » de DJ Snake, un titre de Bruno Mars et un de mes propres titres mesurent tous exactement -14 LUFS intégrés. Pas de passe-droit. (Attention : si vous téléchargez l'audio d'une vidéo avec une extension de navigateur, vous récupérez le fichier original, sans la normalisation du lecteur.)

Alors pourquoi cette différence de perception ?

  • La mesure est une moyenne. Une longue intro et une longue fin plus douces font baisser la moyenne. Résultat : le cœur de la chanson est en réalité plus fort que -14 LUFS. C'est d'ailleurs une astuce utilisée dans certains clips.
  • L'arrangement compte. Ce titre n'a pas de ligne de basse, qui apporte beaucoup d'énergie et fait monter la mesure. Un arrangement épuré, avec des instruments mis en avant dans les médiums, paraît souvent plus fort à LUFS égal.
  • Le mix compte. Un bon équilibre entre dynamique, punch et sustain, une saturation bien dosée, un contenu harmonique riche : tout ça influence la perception du volume bien avant le mastering.

Le LUFS n'est pas une mesure absolue de la puissance perçue. Si votre chanson à -10 LUFS sonne moins fort qu'une autre au même niveau, regardez d'abord le mix, les arrangements et l'interprétation. Voyez aussi comment obtenir un mix fort, et comparez toujours avec des chansons de référence : d'un jour à l'autre (et a fortiori avec les oreilles bouchées par un rhume), notre perception change.

Pour des masters qui tiennent la route

Le volume final n'est qu'une partie du travail. Ma formation mastering vous montre toute ma démarche, de l'égalisation au limiteur. Et pour un master prêt pour le streaming sans vous casser la tête, il y a mon service de mastering en ligne.

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