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Mastering pour vinyle : ce qu'il faut savoir avant le pressage

mastering
Etienne Tremblay – mastering pour vinyle

Le mastering pour vinyle ne se fait pas comme un mastering pour le streaming : le support a des contraintes physiques (l'aiguille, la largeur du sillon, la durée par face) qui influencent directement le son final. J'inclus toujours une version vinyle dans mes masterings, et voici exactement comment je modifie un master pour qu'il soit prêt pour la gravure, avec les fréquences et les repères que j'utilise.

Partir du master streaming

Je commence toujours par le mastering standard, celui destiné au streaming (et au CD, même si on en presse de moins en moins). Tout le gros du travail y est fait : égalisation, compression, compression parallèle. La version vinyle part de cette chaîne, à laquelle j'ajoute quelques traitements spécifiques, et j'en retire d'autres.

1. Retirer le limiteur et le clipper

C'est la première chose à faire : on désactive le limiteur en fin de chaîne, et le clipper s'il y en a un. On veut garder toute la dynamique. Si le master tape dans le rouge sans limiteur, baissez simplement le volume (dans vos plugins ou directement sur les fichiers).

Il n'y a pas de cible LUFS pour le vinyle. Comme repère général, on parle d'environ -12 dB RMS en volume moyen ; personnellement, je suis un peu en dessous. C'est de toute façon la personne qui grave le vinyle qui décidera du niveau final. Pas besoin d'être proche de 0 dB : je garde quelques dB de marge pour être sûr que rien ne sature. Si la notion de volume de master vous échappe encore, lisez à quel volume masteriser pour le streaming pour comparer.

2. Mettre les basses fréquences en mono

Des graves en stéréo font bouger l'aiguille latéralement et verticalement de façon excessive : on les met donc au centre.

  • Minimum : tout ce qui est sous 100 Hz en mono.
  • Recommandation courante : sous 150 Hz.
  • Musique moderne chargée en graves (guitares saturées avec du contenu entre 100 et 200 Hz, batterie très énergique) : jusqu'à 200 Hz. C'est ce que j'ai fait pour la version vinyle d'un album de Massive Scar Era.

Dans le même esprit, vérifiez l'équilibre centre/côtés : le niveau des côtés doit être au moins 6 dB plus bas que celui du centre.

3. Filtrer les extrêmes et compenser à l'EQ

Le vinyle ne reproduit pas bien ce qui se trouve sous 50 Hz ni au-dessus de 16 kHz. Je filtre donc moi-même ces zones plutôt que de laisser le graveur le faire, pour une raison simple : je peux compenser.

  • Dans le grave : coupe sous 50 Hz, puis petit boost de quelques dB juste au-dessus de la fréquence de coupure pour garder l'impression de bas.
  • Dans l'aigu : coupe au-dessus de 16 kHz, et une cloche assez large autour de 8 kHz pour compenser la perte de brillance.

Le support lui-même fait aussi perdre un peu d'aigus. Je préfère donc remonter légèrement le haut du spectre pour préserver l'esthétique voulue.

4. Compresser le grave et l'aigu en multibande

Dernière étape de la chaîne : un compresseur multibande sur les graves et les aigus. Il ne travaille pas en permanence, seulement quand ces zones débordent. Trop de dynamique dans le grave ou l'aigu peut faire sauter l'aiguille. J'utilise un genou dur dans le bas, et plus doux dans le haut pour arrondir les aigus en douceur. Le résultat reste quasi transparent. Pour la différence entre ces outils, voyez EQ dynamique ou compresseur multibande.

La durée par face et la position des morceaux

Pour un 33 tours (le grand format), comptez au maximum environ 21 minutes par face. On peut parfois aller un peu au-delà, mais on perd en qualité. Plus la face est courte, plus le graveur peut espacer et élargir les sillons, et donc graver plus fort. Sur l'album que je montre, j'avais 15 et 11 minutes : beaucoup de marge. Avec dix titres un peu longs, ça devient vite serré.

Autre contrainte : plus on approche du centre du disque, plus on perd d'aigus, et plus la distorsion et le bruit augmentent. La quatrième chanson d'une face aura potentiellement moins d'aigus que la première. C'est difficile à anticiper sans test pressing, mais gardez-le en tête : historiquement, on plaçait les morceaux les plus énergiques en début de face, et les ballades vers l'intérieur.

Les fichiers à livrer

J'exporte chaque piste individuellement, puis je fais l'assemblage dans HOFA CD-Burn.DDP.Master, qui propose un mode vinyle et affiche facilement la durée de chaque face. Au final, il faut livrer :

  1. un fichier WAV complet par face ;
  2. dans la résolution de la session (24 bits/44,1 kHz si vous êtes en 44,1, 24 bits/48 kHz si vous êtes en 48, etc.) ;
  3. une liste des pistes avec les titres et durées (générée automatiquement par le logiciel d'assemblage, sinon l'usine vous enverra un formulaire à remplir).

Vous pouvez tout aussi bien assembler les faces dans Cubase, Pro Tools ou n'importe quel DAW.

Le vinyle sonne-t-il mieux que le CD ?

Dans cette vidéo plus ancienne, je compare les deux supports. Techniquement, le CD est nettement supérieur :

  • Bruit de fond : quasi inexistant sur CD ; présent sur un vinyle même neuf, avec des craquements, surtout sur les derniers disques d'un long pressage.
  • Dynamique : environ 80 dB pour le vinyle selon le pressage, nettement plus pour le CD.
  • Réponse en fréquence : environ 50 Hz à 16 kHz pour le vinyle, 20 Hz à 20 kHz pour le CD. La « chaleur » du vinyle vient en grande partie de ce manque d'aigus.

Pourquoi tant de gens préfèrent-ils le vinyle, alors ? D'abord parce que la musique était masterisée différemment avant la course au volume : beaucoup de CD ont été écrasés pour sonner fort. Ensuite, le rituel et l'objet : on s'assoit, on pose l'aiguille, on écoute l'album en entier. Ce rituel est possible avec le numérique aussi. Bien masterisé, un CD ou un fichier numérique peut sonner aussi bien, voire mieux. Sur ce thème, voyez aussi 5 mythes sur le mastering.

Vous préparez un pressage ?

Si toutes ces contraintes vous font un peu peur, c'est normal : l'expérience aide beaucoup. Avec mon service de mastering en ligne, la version vinyle est incluse avec le master pour les plateformes. Et si vous voulez apprendre à le faire vous-même, la formation mastering vous donne toutes les bases.

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