Ingé son et clients : mix test, mix non masterisé, client à éviter
Quand j'ai demandé sur YouTube ce qui vous donnait le plus de fil à retordre dans un mix, les premières réponses ne parlaient pas d'EQ ni de compression : elles parlaient de relation client. Si vous êtes ingé son, ou si vous voulez en faire votre métier, voici trois principes que j'applique depuis longtemps : ne jamais faire de mix test gratuit, ne jamais livrer un mix non masterisé, et savoir repérer le client avec qui un mix est voué à l'échec.
Pourquoi je ne fais jamais de mix test gratuit
Le mix test, c'est mixer gratuitement un extrait de chanson pour que le client se fasse une idée de votre travail. C'est une très mauvaise idée, pour trois raisons.
Un extrait, c'est déjà 80 % du travail
Même pour un seul couplet et un refrain, il faut mixer la section rythmique, les claviers, les guitares, les voix, et faire une forme de mastering. Il restera les automations et les variations entre les sections, mais le gros du travail est fait. Beaucoup de temps investi pour un contrat que vous n'aurez peut-être pas.
La bonne réponse, c'est un portfolio bien garni. Vous devez pouvoir dire au client : allez écouter ceci, voici ce que j'ai fait. De mon côté, entre les chansons que j'ai mixées et les centaines de vidéos sur la chaîne, les gens qui me contactent savent comment je travaille.
Le mix test sert souvent à clarifier une vision floue
Un client qui demande un mix test n'est souvent pas certain de ce qu'il veut. L'exercice lui sert à clarifier sa vision, mais ce n'est pas votre rôle. La direction artistique appartient à l'artiste ; le mixeur l'aide à aller au bout de cette vision et à la bonifier. Généralement, on m'envoie un premier mix maison qui montre l'intention, parfois quelques références. Quand plusieurs avenues sont possibles, on en discute avant. Une vision incertaine annonce souvent des attentes irréalistes et des demandes floues.
Un mix, c'est un travail d'équipe
Il est très rare que je livre un premier mix sans aucune correction. L'artiste trouvera peut-être la voix trop réverbérée dans le couplet, ou pas assez. On se réajuste, on fait quelques allers-retours, et c'est là qu'on arrive au bout du travail. Un mix test saute cette étape essentielle, et ne permet donc pas de juger si vous êtes la bonne personne pour le projet.
Si un client hésite, proposez-lui plutôt de payer une première chanson et d'aller au bout du processus ensemble, avant de décider pour l'album. Après tout, aucun autre corps de métier ne travaille à l'essai : personne ne demande à un menuisier de refaire sa cuisine « pour voir », quitte à tout démonter si les armoires ne plaisent pas.
Ne jamais livrer un mix non masterisé
Je ne livre jamais un mix sans mastering : soit le master final, soit au minimum une forme de masterisation (un peu d'égalisation, de compression, de réduction de la dynamique) pour que le résultat soit compétitif face à ce qui se fait sur le marché. Certains clients me demandent le mix seul : je l'évite le plus possible.
Pourquoi ? Presque personne n'est capable d'imaginer le résultat final à partir d'un mix non masterisé. Le mastering peut changer la réponse en fréquence et l'enveloppe de façon importante, et rares sont les gens qui ont une écoute assez bien calibrée et assez d'expérience pour l'anticiper. Or nous sommes tous constamment exposés à de l'audio de grande qualité : à côté, un mix non masterisé paraît complètement à côté de la plaque.
Résultat, ça crée du flou dans les retours :
- l'artiste laisse passer un défaut en se disant qu'il sera réglé au mastering, alors que c'est au mix qu'il faut le corriger ;
- ou il demande des corrections que vous devez repousser (« fais-moi confiance, le volume et la clarté, on règle ça au mastering »), et il ne sait plus quoi demander ni quand.
Je livre donc toujours le résultat final, en le présentant comme tel : c'est ce qui sera distribué. Pas assez fort, pas assez clair, un détail qui dérange : on le corrige maintenant. On gagne énormément de temps et l'artiste sait exactement ce qui arrivera sur les plateformes. Sur la question du volume de livraison, voyez aussi à quel volume masteriser pour le streaming.
Le client à éviter (et comment le garder quand même)
Ce client-là, je le croise rarement, peut-être une fois tous les cinq ans, mais je m'en souviens chaque fois. Son message ressemble à ceci : « Ça fait des mois que je travaille sur ma chanson, je suis assez satisfait de mon mix, mais il y a quelques petites choses qui me dérangent et je serais curieux de voir ce que ça donne avec un professionnel. »
Le piège : dès votre premier mix, il le comparera à celui sur lequel il a passé des mois et auquel il est très attaché. Toutes les révisions viseront à rapprocher votre mix du sien. Or son mix a souvent été fait dans une pièce mal traitée, sur des moniteurs d'entrée de gamme : il fonctionne dans son studio. Votre mix professionnel, équilibré, avec de l'énergie et du punch, sonnera « faux » chez lui. Vous finirez par démolir votre travail sur 10 ou 15 révisions, épuisé, avec un client frustré qui risque de conclure qu'il préfère son mix.
Questionner, puis proposer un mastering avec stems
Avant d'accepter, demandez où il en est : a-t-il fait son propre mix, en est-il satisfait, depuis combien de temps travaille-t-il sur la chanson ? Si c'est ce profil, inutile de refuser sèchement. Proposez-lui plutôt un mastering avec stems :
- il garde son mix et vous en exporte une version stéréo de référence ;
- il vous envoie des stems (batterie, basse, guitares, voix, etc., jusqu'à huit environ) ;
- vous corrigez les problèmes majeurs d'égalisation et de dynamique par section, sans trop vous éloigner de la référence.
Au fond, c'est ce qu'il veut : son mix, en un peu meilleur. Inutile de repartir de zéro. Il sera satisfait, vous ferez beaucoup moins de révisions, et vous pourrez retravailler avec lui.
Pour aller plus loin
Ces règles viennent de près de vingt ans d'expérience, et d'erreurs que j'ai faites moi-même. Sur le volet financier, lisez comment fixer ses tarifs en studio, et pour le revers de la médaille, le côté sombre du métier d'ingé son. Et si vous voulez voir comment je mène un mix de A à Z, jusqu'à une version prête à livrer, c'est tout l'objet de la Mix Masterclass.
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