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Qu'est-ce que le mastering ? Rôles, étapes et outils

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Etienne Tremblay – qu'est-ce que le mastering

Qu'est-ce que le mastering, exactement ? C'est probablement l'étape la plus méconnue de la production musicale, chez les amateurs comme chez les professionnels : même des amis musiciens de métier me posent la question. Avant de parler de mastering en home studio, je vous explique comment il se fait de façon traditionnelle, dans les règles de l'art, à partir d'un vrai projet : le mastering d'un double vinyle d'environ 75 minutes pour un groupe rock.

Le rôle général du mastering

Le mastering est la dernière étape avant la diffusion ou la fabrication. Son but : que l'écoute d'un album, du début à la fin, soit agréable et constante, qu'on n'ait jamais besoin de se lever pour toucher au volume, et que la musique sonne le mieux possible dans la plupart des contextes d'écoute. Pour y arriver, l'ingénieur de mastering travaille plusieurs aspects précis.

1. Égaliser les chansons entre elles

Sur un album, les chansons ont souvent été enregistrées et mixées à des moments, et parfois dans des contextes, très différents. Le mastering doit rendre l'ensemble cohérent sur le plan des fréquences. Dans ma session, je travaille sur deux niveaux :

  • des égaliseurs spécifiques à certaines pièces, activés ou contournés par automation, pour corriger des défauts précis ;
  • une égalisation générale sur l'ensemble, pour la couleur et l'équilibre global.

C'est un travail exigeant : il faut des oreilles très entraînées pour reconnaître les fréquences trop ou pas assez présentes et rendre l'écoute constante, même quand les arrangements changent d'une pièce à l'autre.

2. Équilibrer les volumes perçus

Après l'égalisation, il faut que le volume semble constant d'une chanson à l'autre. J'y arrive notamment en automatisant le seuil du dernier limiteur de la chaîne : -1,5 dB sur une pièce, -3 ou -5 dB sur une autre, selon ce que demande chaque chanson. On ne vise pas des chiffres identiques, mais une impression de volume homogène.

3. Gérer l'enveloppe du son

C'est le rôle le plus complexe, et celui qui explique pourquoi un mastering bien fait demande autant de savoir-faire. L'enveloppe, c'est le rapport entre l'attaque, le sustain et le release.

Un exemple : si le sustain dans les basses fréquences est insuffisant, le mix sonnera très bien en studio sur de bons moniteurs, mais paraîtra mince et sans basse dans une voiture ou avec de petits écouteurs. À l'inverse, trop d'attaque ou trop de dynamique dans certaines fréquences devient désagréable. Si une caisse claire est très agressive vers 4 kHz, par exemple, je vais la compresser uniquement dans cette bande de fréquences, pour qu'elle ne nuise pas à toute la chanson.

Les outils : compression, expansion et stimulation harmonique, souvent par bande de fréquences. Sur ce projet, j'ai utilisé :

  • Une compression stéréo colorée, avec un compresseur de type vari-mu (l'émulation de Slate Digital) qui ajoute un peu de grain dans le bas en reproduisant les imperfections des circuits analogiques.
  • Une compression parallèle en mode optique, attaque et release lents, mélangée au mix. Les chansons étaient déjà assez compressées et la batterie manquait d'ampleur : la compression parallèle redonne de la constance et du sustain dans les basses, tout en laissant ressortir les attaques.
  • Une stimulation harmonique dans le grave avec MaxxBass de Waves, dont j'ai exagéré la dynamique avec le paramètre de ratio, puis que j'ai égalisée (en retirant des médiums et un peu d'extrême grave trop brouillon), compressée et légèrement saturée. Écoutée seule, on dirait une chanson entendue depuis la pièce d'à côté. Mélangée au reste, elle fait ressortir les toms et donne l'impression d'une grosse machine.

Résultat : le master n'est pas forcément plus fort que le mix, mais il est plus présent, plus ouvert, il respire mieux, et la relation entre graves, médiums et aigus est mieux équilibrée. Pour voir comment j'organise une session, lisez comment je prépare une session de mastering.

4. Le volume et la guerre du loudness

Rendre les albums forts n'est pas vraiment un rôle du mastering à l'origine. C'est l'évolution des habitudes d'écoute qui l'a imposé : écoute en voiture, baladeurs, petits écouteurs, environnements bruyants. Avec les limiteurs numériques, on a pu réduire la dynamique d'un coup de caisse claire de 12 dB à 6 dB sans dommage apparent pour la plupart des auditeurs. Et comme un son plus fort paraît toujours meilleur (le vieux truc de producteur : faire écouter la référence 3 dB moins fort que son propre mix), la surenchère a commencé.

Le problème : plus on écrase, plus on ajoute de distorsion harmonique et moins la musique a de vie. Certains albums du début des années 2000, au plus fort de cette guerre du volume, vieillissent très mal et fatiguent l'oreille rapidement. Aujourd'hui, le balancier revient : je fais de plus en plus de masters moins forts, qui respirent davantage, et mes clients comprennent mieux cet enjeu. Sur ce double vinyle, un format qu'on écoute assis, attentivement, le limiteur sert seulement à rattraper quelques crêtes. Sur le sujet, je vous recommande la conférence de Bob Katz, Loudness: War and Peace (en anglais), et mon article sur le volume de mastering pour le streaming.

5. L'assemblage final

Dernière étape, souvent faite avec le groupe : l'assemblage. On place les pièces dans l'ordre et on règle l'espace entre elles. Après une chanson très rapide, on ne laisse pas le même silence avant une pièce qui démarre doucement qu'entre deux morceaux intenses. On y inscrit aussi les titres, les informations sur les artistes et les codes ISRC, puis on produit le master final (fichier ou disque) destiné à l'usine ou à la diffusion.

Un conseil si vous cherchez un studio de mastering : écoutez ce qu'il a déjà fait. Tous les ingénieurs ne masterisent pas de la même façon, et une bonne réputation ou une longue liste de clients ne garantit pas que le résultat vous plaira.

Et en home studio ?

En home studio, le mastering se simplifie beaucoup. Il se résume généralement à :

  1. comparer votre chanson à des pièces masterisées par des professionnels ;
  2. égaliser pour corriger les différences de fréquences ;
  3. compresser légèrement pour donner une couleur ;
  4. utiliser un limiteur pour réduire la dynamique et gagner du volume.

Dans certains styles (hip-hop, rock, métal), le public s'attend à un son fort : un master trop timide peut donner une impression d'amateurisme, même si ce n'est pas le cas. Si vous préparez un album, masterisez toutes les pièces dans la même session : c'est plus facile d'ajuster les niveaux et l'égalisation. Et l'avantage du home studio, c'est qu'on peut retourner dans le mix à tout moment : si la basse empêche le limiteur de bien travailler, vous la compressez un peu plus, vous baissez la voix, vous remontez la grosse caisse. Le travail avec une piste de référence devient alors votre meilleur allié.

Passer à la pratique

Pour apprendre à masteriser vos propres chansons avec méthode, ma formation sur le mastering reprend toutes ces étapes. Et si vous préférez confier votre musique à une oreille extérieure, mon service de mastering en ligne est là pour ça.

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