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La latence audio : comprendre et réduire le délai

logiciels et ordinateur
Etienne Tremblay – comprendre et réduire la latence audio

Vous chantez ou jouez et le son revient dans votre casque avec un petit décalage désagréable ? C'est la latence audio. Bien la gérer, c'est surtout savoir régler le buffer size au bon moment et choisir le bon mode de monitoring. Voici comment ça fonctionne, quelles solutions s'offrent à vous, et un truc tout simple pour diviser la latence par deux.

Qu'est-ce que la latence ?

La latence, c'est le temps que met un son entre le moment où vous le produisez (une note chantée, une corde grattée, une touche de clavier) et le moment où vous l'entendez dans vos écouteurs, après son passage par la carte son et l'ordinateur. Je l'explique en détail dans cette vidéo plus ancienne.

Une grande partie de ce délai vient du buffer (la mémoire tampon) : le logiciel accumule un certain nombre d'échantillons avant de les traiter et de les jouer. Plus le buffer est grand, plus le délai est long, mais plus le système est stable.

Trois façons d'écouter ce qu'on enregistre

Le monitoring à faible latence de la carte son

Certaines cartes son proposent un mode « low latency monitoring ». J'en utilisais une à l'époque, et c'est à mon avis la façon la plus agréable de travailler : on appuie sur Enregistrer, on entend sa voix directement à travers le logiciel, et on gère les volumes de retour dans le logiciel lui-même.

Le monitoring direct par la carte son

Beaucoup de cartes son USB ont un petit bouton de balance (un « mix » ou « crossfade ») entre le signal qui vient de l'ordinateur et celui qui entre directement dans la carte. La carte renvoie l'entrée directement aux écouteurs, sans passer par le logiciel : pas de latence. La méthode :

  1. Armez la piste et coupez son retour dans le logiciel (mute), pour ne pas l'entendre en double.
  2. Réglez la balance entre la musique et votre voix avec le bouton de la carte, puis le volume général du casque.
  3. À la réécoute, réactivez la piste pour entendre ce que vous avez enregistré.

Certains logiciels, comme Cubase, intègrent en plus un mixeur de retour lié à la carte son qui fait automatiquement la bascule entre le signal direct pendant l'enregistrement et le signal de l'ordinateur en lecture. Pour choisir une carte bien équipée de ce côté, voyez comment choisir sa carte son.

Le monitoring par l'ordinateur, buffer réduit

Dernière option : écouter le signal à travers l'ordinateur, en réduisant le buffer size dans les préférences audio du logiciel. À 128 échantillons et moins, le délai devient assez court pour ne plus déranger : le cerveau s'y habitue. L'avantage, c'est qu'on peut enregistrer avec des plugins en temps réel (EQ, compresseur, réverbération dans le casque). Ces plugins n'affectent pas ce qui est enregistré : vous pourrez tout retravailler au mix.

Le piège du buffer trop bas

À 64 ou 32 échantillons, avec beaucoup de plugins dans la session, le logiciel devient très instable et risque de planter en pleine prise. Rien de pire pour tuer l'ambiance d'une séance. Il faut trouver le juste milieu.

Si votre session de production est très lourde et que vous devez enregistrer une voix :

  1. Exportez le mix complet en une piste stéréo.
  2. Désactivez toutes les autres pistes (ou enregistrez dans une nouvelle session) et gardez seulement cette piste stéréo.
  3. Baissez le buffer, enregistrez vos voix.
  4. Remontez le buffer, coupez la piste stéréo et réactivez vos pistes d'origine.

Pour alléger votre session sans passer par là, voyez mes 10 trucs pour réduire la charge du CPU.

Instruments virtuels et MIDI

La même logique s'applique quand vous jouez un instrument virtuel avec un contrôleur MIDI. Si le délai entre l'appui sur la touche et le son est gênant, réduisez le buffer size : l'instrument devient beaucoup plus agréable à jouer.

Le truc : doubler la fréquence d'échantillonnage

Parfois, même avec le buffer au plus bas possible avant que ça plante, la latence reste trop longue. Voici le truc qu'un collègue m'a donné, présenté dans la vidéo du haut. J'ai été surpris de ne pas y avoir pensé moi-même.

Le buffer se mesure en échantillons, pas en millisecondes. Si vous enregistrez en 44,1 kHz (44 100 échantillons par seconde) et que votre minimum stable est de 128 échantillons, passez simplement en 88,2 kHz. Votre buffer reste à 128 échantillons, mais comme il y a deux fois plus d'échantillons par seconde, ces 128 échantillons durent deux fois moins longtemps. Résultat : la même latence qu'un buffer de 64 échantillons en 44,1 kHz.

Gardez en tête la contrepartie : doubler la fréquence d'échantillonnage double aussi la taille des fichiers et la charge de calcul. Je vous explique les avantages et inconvénients dans quelle fréquence d'échantillonnage choisir.

Au mix : buffer au maximum

Quand vous n'enregistrez plus, remontez le buffer size au maximum. Votre système sera beaucoup plus stable et pourra faire tourner plus de plugins. Le seul inconvénient : un petit délai au moment de lancer la lecture, peu gênant en mix, un peu plus si vous faites beaucoup d'édition avec des lectures et des arrêts constants.

En résumé

  • Enregistrement : monitoring direct ou low latency si possible, sinon buffer à 128 échantillons ou moins.
  • Session lourde : exportez une piste stéréo pour enregistrer, ou doublez la fréquence d'échantillonnage.
  • Mix : buffer au maximum.

Une fois vos prises faites, place au mix. Ma formation MIX 101 vous donne les bases de l'égalisation et de la compression pour traiter vos pistes.

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