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Les choses à ne pas faire en studio (et comment plaire à l'ingé son)

métier et production prise de son 12 octobre 2026
Etienne Tremblay – les choses à ne pas faire en studio

Après des années derrière la console, on finit par voir les mêmes situations revenir encore et encore. J'en ai tiré quelques palmarès humoristiques sur les choses à ne pas faire en studio, et sur la façon de garder votre ingé son de bonne humeur. C'est à prendre avec le sourire, mais il y a toujours un fond de vérité : chacun de ces points vous fera gagner du temps, de l'argent et un meilleur enregistrement.

Laisser l'ingé son placer les micros

Premier classique : le client qui veut placer le micro lui-même. Souvent, il a vu un artiste connu le faire d'une certaine manière, ou une prise lui a bien plu un jour, et il veut reproduire ça à tout prix. Le placement dépend pourtant de la pièce, de l'instrument, du musicien et du micro. C'est précisément le travail de la personne derrière la console : laissez-la faire. Si le sujet vous intéresse, j'explique ma démarche dans réussir une prise de son.

Même logique pour le matériel en général : un micro de studio peut valoir plusieurs milliers d'euros. On ne le déplace pas soi-même, et surtout pas en forçant sur la pince sans desserrer le pied.

S'accrocher à la première prise

Le chanteur qui refuse de faire une deuxième prise, par peur de perdre l'émotion, est un grand classique. Parfois, c'est la seule prise complète qu'il a réussi à faire du début à la fin, et après il n'a plus rien à donner. Résultat : c'est l'ingé son qui passe quatre heures à corriger la justesse et le placement pour que ça tienne debout. Prévoyez plutôt plusieurs prises, gardez de l'énergie, et faites confiance à l'édition pour assembler les meilleurs moments.

Arriver avec un instrument en mauvais état (ou trop neuf)

Plusieurs erreurs se cachent ici, et elles coûtent cher en temps :

  • Des cordes vieilles de trois ans : l'instrument ne tient plus l'accord, le son est terne, et aucun traitement au mix ne le rendra vivant. L'argument « tel bassiste de jazz n'a jamais changé ses cordes » ne marche pas pour tout le monde.
  • Des peaux de batterie changées le matin même : à l'inverse, des peaux neuves n'ont pas eu le temps de se stabiliser. La caisse claire n'a plus la même tonalité à la fin de la chanson qu'au début, les toms se désaccordent, et les overdubs deviennent impossibles parce que la batterie ne sonne jamais pareil d'une prise à l'autre. Changez-les quelques jours avant et laissez-les se faire.
  • L'instrument reçu en cadeau la semaine dernière : s'il est mal réglé ou de qualité moyenne, il n'a rien à faire sur l'album. Prenez une photo ou une vidéo avec pour le souvenir, puis enregistrez avec l'instrument qui sonne.

Avant la session, faites régler vos instruments (le manche, les intonations) et accordez soigneusement la batterie. Tout ça se prépare en amont, comme je l'explique dans comment préparer une session d'enregistrement en studio pro.

Tout remettre en question pendant la session

Le groupe qui se met à réécrire ou réarranger la chanson en pleine prise de son, ou pire en plein mix, perd un temps précieux. On n'a pas encore une seule prise qui tient, mais on décide de tout chambouler. L'arrangement se travaille en répétition, pas à l'heure facturée.

Dans la même famille : le musicien qui arrive en retard, puis qui demande en fin de journée d'enregistrer en 192 kHz alors que tout a été préparé et que la session est lancée depuis des heures. Les choix techniques se discutent avant. Et pour savoir s'il y a vraiment un intérêt, lisez quelle fréquence d'échantillonnage choisir.

Juger le mix sur le haut-parleur du téléphone

Pendant le mix, certains écoutent les versions envoyées sur le haut-parleur de leur téléphone (pas avec des écouteurs, non, sur le haut-parleur) et concluent qu'il manque de la basse. Ce petit haut-parleur ne reproduit tout simplement pas le grave. Faites le test avec n'importe quel album que vous aimez : il manquera aussi de basse. Vérifier son mix sur plusieurs systèmes est une bonne idée, mais il faut savoir ce que chaque système peut montrer.

Faire la fête pendant que les autres travaillent

Le musicien qui a terminé ses parties et qui décide de vivre sa vie de rock star dans le studio, pendant qu'on essaie de finir les overdubs, n'aide personne. L'enregistrement demande de la concentration jusqu'au bout. La fête, c'est pour la sortie de l'album.

Même chose au mix : si tout le groupe est présent, que tout le monde parle d'autre chose, qu'on demande à l'ingé son d'arrêter chaque fois que quelqu'un sort fumer, et que chacun envoie ensuite ses commentaires sans se consulter (le bassiste veut plus de basse, le chanteur en veut moins), on n'avance plus. Désignez une personne qui centralise les retours, et mettez-vous d'accord avant de les envoyer. J'en parle aussi dans la relation entre l'ingé son et ses clients.

« T'inquiète, on arrangera ça au mix »

C'est le grand classique, et la pire phrase à prononcer en studio. Rien ne garantit qu'on pourra corriger le problème au mix. Dans la réalité, on finit par le rafistoler, ou par l'accepter tel quel. Une erreur se règle à la source : on refait la prise.

Trois façons simples de faire plaisir à l'ingé son

Le versant positif, dans une capsule plus ancienne :

  1. Arrivez à l'heure. Pour un ingé son qui attend, quinze minutes de retard ou une journée, c'est la même éternité.
  2. Nourrissez-le. Si vous apportez à manger, prévoyez une part. Si vous allez au restaurant, incluez son repas dans votre budget. C'est sans doute le meilleur investissement de la journée : un ingé son bien nourri sera beaucoup moins tenté de facturer la petite demi-heure de dépassement.
  3. Apportez le bon instrument, en bon état. On revient toujours au même point.

Pourquoi respecter votre ingé son

Derrière l'humour, il y a de vraies raisons. L'ingé son a passé autant d'heures à maîtriser son métier que vous le vôtre, et c'est en partie grâce à lui que vous sonnez bien sur un disque. C'est souvent un excellent musicien. C'est aussi la seule personne qui vous a entendu sans effet, sans édition et sans Auto-Tune : un lien de confiance qui mérite d'être respecté. Une bonne partie de son travail consiste à vous mettre à l'aise (le verre d'eau, le café, les mots justes). Et, détail non négligeable, il peut effacer en quelques clics des mois de travail.

Le guide ironique pour l'énerver

Enfin, la version à lire à l'envers : mes « astuces de pro » pour agacer l'ingé son à coup sûr. Arriver une heure en retard puis mettre la pression pour aller vite. Insister pour garder une caisse claire pourrie « parce que c'est mon son ». Chanter discrètement derrière la batterie pendant la prise, juste assez pour que ça ressorte quand on compresse les overheads. Changer les réglages de l'ampli ou de médiator en douce entre deux prises. Bouger pendant la prise de voix. Et, une fois le mix terminé et livré, attendre trois mois pour demander une petite correction. Si vous évitez tout ça, vous serez le client préféré de n'importe quel studio.

Bien préparer votre prochaine session

Un enregistrement réussi, c'est avant tout une bonne préparation et une collaboration détendue. Et si vous voulez que votre chanson soit mixée par quelqu'un qui connaît toutes ces histoires de l'intérieur, découvrez mon service de mix.

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