Boîte de direct (DI) : comparatif de 11 modèles pour la basse
Une boîte de direct (DI) change-t-elle vraiment le son d'une basse enregistrée en direct ? Pour le savoir, j'ai écouté un comparatif très complet de 11 DI publié par le revendeur américain Sweetwater, puis j'ai fait mon propre test entre une DI à environ 40 $ et une autre à environ 230 $. Les résultats sont plus surprenants qu'on pourrait le croire, surtout quand on compare l'écoute en solo et l'écoute en contexte.
À quoi sert une DI
Une basse ou une guitare sort un signal à haute impédance, à un niveau d'instrument. La DI le convertit en signal symétrique à basse impédance, qu'on peut envoyer sur une longue distance dans un câble XLR jusqu'au préampli micro de la console ou de la carte son. Il en existe trois grandes familles :
- Passives : un transformateur, pas d'alimentation. Le niveau de sortie est plus faible, le son généralement un peu plus rond, plus « brun » dans l'aigu.
- Actives : alimentées par l'alimentation fantôme (48 V) ou une pile de 9 V. Le niveau de sortie est plus fort et le son souvent plus clair, plus mordant dans les médiums et l'aigu.
- Avec préampli intégré : elles amplifient elles-mêmes le signal et peuvent entrer directement dans une entrée ligne.
Le test des 11 DI : comment il a été fait
Le test de Sweetwater comprend quatre DI passives (dont la Radial JDI et une Whirlwind IMP 2, que j'avais achetée avant la JDI justement parce que ses résultats ne me plaisaient pas), quatre DI actives (dont la Behringer DI100 et des modèles Radial, Rupert Neve Designs et Telefunken) et trois boîtiers avec préampli intégré. On y croise aussi un Avalon et un préampli de type Neve 1073. Les pistes, en 24 bits et 96 kHz, sont téléchargeables, ce qui permet de les écouter chez soi.
Le test a été fait avec plusieurs basses, dont une Precision Bass (avec cordes rondes, puis à filet plat pour un son plus vintage) et une StingRay. Seule limite : chaque DI a été enregistrée sur une interprétation différente. On entend bien les différences de son, mais une partie peut venir du jeu.
Les 4 critères d'écoute
Voici ce sur quoi je vous suggère de porter attention pour comparer des DI (et ce sont aussi les critères de l'article) :
- L'articulation : entend-on bien chaque note et le jeu du bassiste ?
- L'uniformité : le son reste-t-il cohérent du très grave aux notes aiguës ?
- L'ampleur : y a-t-il du grave, de la dynamique ?
- L'interaction avec le reste : comment la basse se mélange avec la batterie et les guitares.
Ce dernier point est fascinant. Avec la batterie seule, on a l'impression que le son du kick change d'une DI à l'autre : si la DI a moins de grave, le bas du kick ressort davantage ; si elle a plus de médiums, elle prend le dessus sur ceux du kick. Et une DI qui semble un peu sombre en solo devient beaucoup moins dérangeante une fois les guitares ajoutées. Je parle de cette relation dans la relation kick et basse.
Ce que j'ai entendu
- En solo, les différences de timbre sont beaucoup plus audibles qu'en contexte.
- Le contenu harmonique varie énormément. Avec l'IMP 2, certaines notes produisent des harmoniques qui me donnent une impression presque dissonante (c'est peut-être en partie le jeu).
- Le sustain change aussi : sur l'Avalon, on dirait presque que les cordes sont étouffées, avec de l'attaque mais très peu de tenue.
- Un des modèles Radial était un de mes préférés en solo, très clair et très présent. En contexte, je le perdais : moins musical, moins intéressant.
- À l'inverse, la Telefunken, très sombre en solo, devient très ronde et se place très bien avec la batterie en contexte. Parfait pour un son de basse vintage, old school.
- Le préampli de type 1073 a beaucoup de puissance, et la JDI reste très bien articulée.
La leçon : le matériel « meilleur » n'est pas toujours le meilleur choix en contexte. La DI qui conviendra parfaitement à une chanson pourra être hors sujet sur une autre.
Behringer DI100 contre Radial JDI : 40 $ contre 230 $
Pour éliminer le problème des prises différentes, j'ai fait mon propre test sur une seule et même interprétation.
D'un côté, la Behringer DI100, une DI active très répandue, vendue autour de 40 $ à l'époque. De l'autre, la Radial JDI, une passive fabriquée au Canada, l'une de mes DI préférées toutes catégories confondues, autour de 230 $. Les prix ont sûrement changé depuis, mais l'écart reste du même ordre.
La méthode : la basse entre dans la JDI, sa sortie de renvoi (thru) alimente la Behringer, et les deux sorties XLR vont dans deux préamplis de ma carte son. Même prise, même jeu. Les deux pistes sont ensuite mises au même volume, avec un compresseur réglé de façon identique.
En solo, ce n'est pas le jour et la nuit. La Behringer est un peu plus brillante, avec un peu moins de dynamique dans le grave et le bas-médium. En contexte, la différence reste subtile, à la frontière du placebo. Avec des écouteurs de téléphone, vous n'entendrez rien. Avec de bons moniteurs ou un bon casque, voici ce que je perçois :
- la Behringer a un peu moins de présence dans le bas-médium et devient moins intelligible : sur les notes graves, on distingue moins bien les notes et le jeu ;
- la JDI a plus de mordant et de plus beaux médiums.
La différence tient à la qualité des composants, notamment le transformateur. La JDI est réputée pour très bien conserver la phase dans le grave, alors qu'un modèle d'entrée de gamme introduit un déphasage plus important dans le bas du spectre.
Alors, faut-il investir dans une bonne DI ?
Une DI de qualité apporte un peu plus d'articulation et de beaux médiums, mais l'écart avec une DI bon marché est plus petit qu'on l'imagine. Le jeu du musicien, l'instrument et le contexte comptent beaucoup plus. Avant d'acheter, lisez les erreurs à éviter en enregistrant une basse en direct et les sources de bruit de fond avec une guitare ou une basse.
Une fois la basse bien enregistrée, il reste à la faire tenir dans le mix. Ma formation MIX 101 vous donne les bases d'EQ et de compression pour y arriver, et si vous préférez me confier la chanson, voyez mon service de mix.
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