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Ozone 11 et 12 : que vaut le mastering assisté par IA ?

mastering tests de plugins
Etienne Tremblay – Ozone 11 et 12, le mastering assisté par IA

Ozone d'iZotope propose depuis plusieurs versions un assistant de mastering par intelligence artificielle : il analyse votre mix et vous propose une chaîne d'effets déjà réglée. Est-ce que ça fait de la magie ? J'ai testé l'assistant d'Ozone 11 de bonne foi face à mon propre master, puis les nouveautés d'Ozone 12, et je vous donne en prime les réglages que j'utilise sur le Maximizer après près d'un an d'utilisation.

Le test : l'assistant d'Ozone 11 contre mon master

Pour comparer, j'ai pris une chanson que j'ai composée, mixée et masterisée moi-même. Mon master mélange plugins et matériel analogique : émulation de magnéto Studer A800, compresseur Tegeler Crème, compresseur à lampes Schwerkraftmaschine, EQ Bettermaker (+2,8 dB à 4 kHz), EQ de mastering Manley (coupe-bas vers 23 Hz, petits boosts à 1,5 kHz et 16 kHz), compression parallèle, compression des graves avec le module Dynamics d'Ozone, petits boosts d'environ 1 dB, le bx_clipper, Vintage Tape d'Ozone et le Weiss DS1-MK3 de Softube. Résultat autour de -8,6 LUFS : un master assez fort, mais volontairement doux et un peu vintage.

J'ai ensuite baissé le mix de 9 dB (Ozone remonte le volume) et lancé l'assistant. Premier constat honnête : c'est étonnamment bien. C'est propre, ça fonctionne. Mais à l'écoute attentive :

  • on perd de la vie et de la chaleur dans les bas-médiums et le grave, le kick a perdu de sa « viande » ;
  • le résultat est plus brillant et plus moderne que l'esthétique que je voulais ;
  • la clarté de certains éléments bouge d'un passage à l'autre.

Clarity et Stabilizer : attention au piège

La chaîne proposée ne contenait aucun compresseur, ce qui m'a surpris. À la place : un EQ très léger (environ +1 dB large dans le grave, +0,6 dB dans l'aigu), le module Impact (un transient shaper multibande qui réduit l'attaque et remonte ainsi le sustain), Clarity, Stabilizer, un EQ dynamique et le Maximizer.

Clarity et Stabilizer sont des égaliseurs adaptatifs qui travaillent en même temps. En A/B, ça semble souvent mieux : plus clair, et plus clair paraît meilleur à notre cerveau. Mais quand on écoute autre chose que l'élément au premier plan, on entend les arrière-plans changer de clarté. Sur ma chanson, kick et caisse claire devenaient trop présents. À force, un mix traité ainsi devient moins stable et plus fatigant, surtout à cause de l'excès d'aigus sur les attaques.

En ajustant (retirer Clarity, redonner de la dynamique au grave, ajouter un peu de Vintage Tape pour la couleur harmonique), on se rapproche d'un master très correct. Le plus difficile pour l'IA reste le bas du spectre : un master fort avec un grave vivant. C'est là qu'il faut comparer avec des références.

Ozone 12 : un « reality check »

Ozone 12 a été présenté comme une révolution. Pour moi, il y a peu de vraies nouveautés :

  • Stem EQ : il sépare le mix en voix, basse, batterie et « autres » pour les égaliser séparément. Sur un arrangement complexe, chaque stem sonne comme un MP3 de mauvaise qualité, la batterie prend des effets de phase bizarres. Ça n'a d'intérêt que si on n'a pas accès à la session : un pro demandera plutôt une modification du mix, ou un mastering à partir de vrais stems.
  • Unlimiter : il « dé-limite » un mix trop écrasé, par exemple une instru téléchargée sur laquelle on pose une voix. Utile, mais je le faisais déjà avec un compresseur en mode expandeur ou Sonnox TransMod. C'est de la récupération sonore, pas du mix de qualité.
  • Algorithme IRC 5 du Maximizer : la seule vraie nouveauté intéressante, j'en parle plus bas.
  • L'assistant : quelques options en plus (style musical, modules actifs), mais même principe.

Mon analogie : l'assistant, c'est une pizza surgelée. Ma pizza maison sera toujours meilleure, mais il m'arrive d'acheter une surgelée quand je n'ai pas envie de cuisiner. Si vous ne voulez pas apprendre le mastering, l'assistant donne un résultat correct mais générique, qui peut aller à l'opposé de votre esthétique : un mix sombre et rond ressort très équilibré et ouvert. Et la plupart des utilisateurs d'Ozone ont accès à leur session : remonter le kick ou changer l'EQ de la voix dans le mix abîme beaucoup moins qu'une pile de plugins correctifs sur le master.

Je reste fan d'Ozone : beaucoup de ses modules sonnent très bien, et je vous présente mes modules d'Ozone préférés. Pour un autre point de vue sur l'automatisation, voyez mon test du mastering automatique de LANDR.

Mes réglages du Maximizer d'Ozone 12

Testé sur un titre dance très fort (autour de -6 LUFS), voici mes points de départ :

  • Algorithme : IRC 4 Modern dans 95 % des cas, transparent et passe-partout. Transient donne un peu plus de punch, de façon subtile. IRC 5, premier mode multibande, est plus propre mais modifie la balance et fait perdre de la profondeur dans le grave : intéressant en métal ou dans les contextes extrêmes. En aveugle, j'entendais vraiment la différence.
  • Ceiling : -0,3 dB, sans True Peak. Quelques pics intersample de temps en temps ne sont pas graves et ça sonne mieux sans ; activez-le seulement si une plateforme l'exige.
  • Character : 2 par défaut, un bon réglage. Plus rapide pour du punch, plus lent pour un master doux. Je reste entre 1,5 et 3. Le mode Delta permet d'entendre ce que le limiteur retire.
  • Upward compression et Soft Clip : je ne les utilise presque jamais. Je préfère une compression parallèle, plus transparente, et un clipper dédié (voir clipper, limiteur ou maximizer).
  • Transient Emphasis : efficace entre 50 et 80 %. Au-delà, des sursauts aléatoires apparaissent. Surveillez les hi-hats, qui peuvent devenir agressifs.
  • Stereo Independence : 20 à 30 % sur les transitoires, environ 10 % (moins de 15 %) sur le sustain. Un peu d'indépendance donne du volume avec moins de distorsion, trop fait moduler l'image et perdre du punch.

Le dithering ne sert que si vous passez de 24 à 16 bits ; pour le streaming, on livre généralement en 24 bits.

Verdict : un bon point de départ, pas un mastering

L'IA d'Ozone peut vous donner un point de départ, un comparatif, voire une autre perspective sur votre mix. Si le résultat sonne bien, vous n'avez pas à avoir honte de l'utiliser. Mais avec un simple EQ, un compresseur et un limiteur bien compris, on obtient presque toujours mieux. Pour apprendre, ma formation mastering part de ces outils de base. Et si vous voulez une oreille humaine, essayez mon service de mastering en ligne.

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