J'ai réinstallé Pro Tools : ce que j'ai (re)découvert face à Cubase
7 juin 2023
Après plus de cinq ans sans Pro Tools, je l'ai réinstallé pour une session d'enregistrement dans un studio qui travaillait avec. Plutôt que de tout convertir, c'était plus simple de m'abonner à la version la moins chère pour faire le montage. Voici ce que j'ai redécouvert. Spoiler : je reste sur Cubase, mais chaque logiciel a ses forces.
Ce que j'ai aimé
- Le multi-outil (Smart Tool) : selon l'endroit où l'on se trouve sur le clip, on sélectionne, on déplace ou on coupe les extrémités. Très pratique pour le montage.
- X-Form pour changer la tonalité : une chanson n'était pas dans la bonne tonalité pour la chanteuse. J'ai monté de trois demi-tons des violons, des cuivres et d'autres pistes, avec une qualité surprenante. Le traitement prend du temps, mais c'est un des meilleurs algorithmes que je connaisse. Les guitares saturées sonnaient moins bien : on les a réenregistrées, comme les voix et la basse.
- La réduction de gain visible dans le mixeur : on voit la compression directement sur la tranche.
- Le monitoring faible latence dans le logiciel : un vrai point fort pour enregistrer une voix. Avec une interface comme la mienne, il faut gérer le retour dans TotalMix, ce qui demande un temps d'adaptation.
- Les playlists pour l'édition de batterie, assez conviviales.
Ce qui m'a moins plu
- La quantification de batterie : Beat Detective fonctionne, mais je préfère Cubase, où l'on peut prioriser le kick et la caisse claire et ignorer le charleston et les cymbales.
- Les raccourcis clavier qui ne répondaient pas toujours sur mon système Windows.
- Le mixeur : impossible de zoomer ou de réduire la largeur des tranches comme dans Cubase.
- Le prix : la version d'entrée de gamme est limitée en nombre de pistes, et la version Studio coûte cher en abonnement. Avec la plupart des logiciels, on amortit un achat en un an ou deux.
Pourquoi j'étais passé de Pro Tools à Cubase
Pour comprendre mon point de vue, il faut revenir en arrière : j'ai longtemps travaillé uniquement sur Pro Tools, avant de passer à Cubase fin 2013. Voici les cinq fonctions qui avaient motivé ce changement à l'époque.
- VariAudio, la correction de hauteur intégrée : un double-clic sur un segment audio, et on corrige la justesse note par note, on redresse les variations, voire on obtient un effet robot. Pratique pour corriger une note sans casser le workflow, et même en amont d'un Auto-Tune quand une note est si fausse qu'il la placerait sur la mauvaise hauteur.
- Les Chord Pads : on trouve rapidement des accords et leurs renversements. Pour un « illettré du clavier » comme moi, c'est idéal pour un petit pad ou un piano d'accompagnement.
- Le Freeze : il rend en audio un instrument virtuel, avec ou sans ses plugins, et libère le processeur et la mémoire. Ma version de Pro Tools de l'époque ne l'avait pas ; sur des productions chargées, avec un mastering fait dans la session de mix, c'était devenu indispensable.
- La Channel Strip du mixeur : EQ, compresseur avec sidechain, saturation et un envelope shaper (attaque et sustain), même sur une piste gelée. Je m'en sers beaucoup en fin de mix, par exemple pour automatiser un peu plus d'attaque sur les claviers dans un refrain.
- La personnalisation : zoom et largeur des tranches, taille des plugins, sections à afficher ou masquer, couleurs. Pro Tools était beaucoup plus figé.
Pour des astuces plus récentes, voyez les 5 fonctions cachées de Cubase.
Pro Tools est-il encore le standard ?
Dans une autre vidéo, je posais la question franchement. C'est mon opinion personnelle, et elle a un peu vieilli, mais les arguments restent intéressants.
- Pourquoi il s'est imposé : au début des années 2000, les ordinateurs n'étaient pas assez puissants pour mixer une session complète. Pro Tools était le premier à offrir du matériel dédié au traitement, dans un écosystème fermé mais stable. En studio, ne pas passer la moitié de la séance à exporter des pistes, ça comptait.
- Ce qui a changé : aujourd'hui, un PC monté soi-même fait tourner une session complète, instruments, mix et mastering compris, sans problème. Sur un système propre, la stabilité n'est plus un argument décisif.
- Le son : je suis convaincu qu'en écoute à l'aveugle, personne ne distingue un même mix exporté depuis Cubase, Pro Tools, Reaper ou Live.
- Le prix et les licences : un coût élevé, et des clés d'autorisation physiques qui encombrent les ports USB du portable.
- Changer de logiciel : il m'a fallu environ deux semaines, avec un tutoriel de base et un carnet pour noter les raccourcis. Un volume reste un volume, un EQ reste un EQ.
Le statut de « standard de l'industrie » tient donc beaucoup à l'habitude et à l'image. Pour choisir le vôtre, lisez quel DAW choisir pour la MAO.
Le logiciel, c'est un outil
Il y a souvent un côté un peu culte autour des logiciels, mais on peut faire la même chose avec tous. Ce qui devrait guider votre choix :
- le budget ;
- les fonctions et l'ergonomie ;
- les outils intégrés, par exemple les instruments de Logic si vous composez ;
- l'intégration de vos surfaces de contrôle, qui a poussé beaucoup de gens vers Cubase ;
- le plaisir : il faut que le logiciel vous donne envie de travailler.
La prise en main est plus rapide qu'on pense : avec quelques semaines de formation, on est à l'aise pour longtemps. Et vous, quel logiciel utilisez-vous et pourquoi ? Dites-le-moi sous la vidéo.
Quel que soit votre logiciel, les techniques restent les mêmes : c'est ce que j'enseigne dans ma formation MIX 101.
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