La Machine à Mixer

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- Etienne Tremblay

Qu'est-ce qui rend un mix intéressant ?

C'est le début du blog et je pense que la question la plus fondamentale avant d'aborder tout le reste est de se demander:"qu'est-ce qui rend un mix intéressant ?"

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C'est une question que je me pose depuis des années et je ne compte plus les heures passées à étudier la question sous tous ses angles. Évidemment, derrière tout bon mix, il y a une bonne chanson. Il est difficile de dissocier la partie composition, arrangement et interprétation de celle du mix. Ces parties sont intimement liées et dépendent l'une de l'autre, mais je tâcherai de porter mon attention sur le mixage uniquement. 

"Un bon mix peut montrer une chanson sous un nouveau jour, mais ça ne fera jamais une meilleure chanson."

-  C'est de moi, mais je trouvais ça plus cool en italique, avec des guillemets...

Les points soulevés proviennent de mon observation personnelle et de mes goûts. Mon but est de vous rappeler ce que vous aimez déjà dans les chansons que vous écoutez et de vous inspirer à travailler ces 5 points.

#1: Il faut ressentir le beat.

Si vous ne ressentez pas votre bass drum à un volume  d'écoute "normal" et que vous faites du hip-hop, on passe à côté de 80% de l'expérience. Dans pratiquement tous les styles musicaux où l'on retrouve une forme de drum dans la section rythmique, le bass drum est toujours l'instrument dominant dans le mix. Il peut être accompagné de près par le snare, la basse et la voix est souvent au dessus de toute la patente. Mais il faut que le kick, le snare et la basse soient bien présents et les sous-mixer est l'erreur la plus commune chez les débutants en mix.


#2: Il faut que la voix soit présente, mais non agressive.

C'est un autre point qui est essentiel à souligner. Même si dans mon guide d'égalisation, je vous suggère des fréquences à augmenter pour donner plus de clarté ou de présence à une voix, ça ne veut pas dire que vous devez le faire. Une voix à toujours plus intérêt à être plus ronde que claire. N'oubliez jamais l'importance du confort d'écoute de l'auditeur.


#3: Il faut une dose de lieux communs et une dose de surprises.

Cliquez sur la photo pour télécharger cet extraordinaire wallpaper.

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Notre cerveau se compose de deux hémisphères: le gauche, analytique, cartésien, mathématique; le droit, siège du sens artistique et de l'intuition. L'être humain étant une bête d'habitudes, il faut le surprendre par petites ou moyennes doses. Il est donc important de satisfaire l'hémisphère gauche, qui recherche la mathématique, les "patterns" et les répétitions, autant que le droit, qui lui recherche l'émotion et la surprise.

Selon les styles musicaux et le contexte, il y a certaines "règles" ou plutôt, des lieux communs, dans la façon de mixer les instruments les uns avec les autres. Bien reproduire certains de ces lieux communs permet de mettre la table pour des éléments plus surprenants. Donc, comme on dit par chez-nous, gardez-vous une p'tite gêne!

Bien-sûr, comme pour tous les points soulevés dans ce blog, il y a toujours des exceptions!!!


#4: Il faut que ça déborde un peu.

Un mix lisse, parfait, sans défaut, ce n'est pas un mix avec lequel on voudrait avoir des enfants. C'est important que ça déborde un peu, que ça surprenne en cours de route.  On s'attache beaucoup plus à un mix qui est un peu "spécial" par moment.

Les chansons qui me font le plus tripper côté mix ont généralement un passage où je me dis "oh shiiit, j'aurais jamais osé faire ça comme ça!" . Permettez-vous de créer des "oh shit moments" dans vos chansons!


#5: Pour que ça lève, il faut que ça redescende.

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C'est une loi bien connu de la physique du mix: tout se qui lève doit redescendre si on veut que ça lève une nouvelle fois.

Bien des DJs ont fait fortune en ne faisant que ça: construire et déconstruire, encore et encore. Ça répond à un phénomène que l'on retrouve chez beaucoup d'espèces animales: l'anticipation stimule plus intensément les zones du plaisir dans le cerveau que la "récompense" elle-même. Dans un contexte de mix életro, la récompense, c'est quand la grosse basse embarque, comme dans "When Will The Bass Drop?" !

Bon! Il ne faut pas virer fou, mais l'important, c'est de ne pas tout donner au début d'une pièce. Parfois, il vaut mieux enlever un instrument dans le premier couplet s'il se répète dans le deuxième, pour qu'il y ait une progression d'intensité.

Si vous êtes en panne d'inspiration, faites un "break down", c'est toujours efficace. Enlevez la guitare et la basse, ne laisser que la voix et le drum, durant une mesure ou deux avant le refrain et boom, vous avez un hit instantané. Enfin, presque. 


Avant de terminer, je pense qu'il serait sage de mentionner les points qui peuvent gravement nuire à votre mix. Oui, il faut faire face à la réalité.

"The truth, you shall face. Your guitare track, you will redo."

 

1- La "tightness"

Le manque de rigueur au niveau de la rythmique est probablement le point faible le plus commun. Parfois, trop peu de temps est alloué à la pratique avant l'enregistrement et j'ai souvent vu de jeunes musiciens jouer à la limite de leurs capacités techniques. Le résultat n'est pas toujours très "clair". Il vaut mieux jouer bien en dessous de son niveau et le faire avec aisance.

Les outils disponibles pour quantifier (remettre un évènements audio ou midi sur le temps), comme le Beat Detective, de Pro Tools, sont très utiles et peuvent faire des miracles. Le but premier de la quantification est de régler les incohérences rythmiques des instruments entre eux et non de tout remettre sur le temps. Il faut apprendre à corriger ce qui nuit à l'ensemble de la pièce, tout en laissant ce qui fait le caractère unique de la "groove" de l'instrument quantifié.

Malheureusement, ce ne sont pas des outils faciles à maîtriser et on peut rapidement tomber dans la sur-édition, ce qui équivaut à jeter le bébé avec l'eau du bain! La sous-édition est tout aussi impardonnable.


2- La justesse / le pitch

Le WavesTune de Waves.

La question de la justesse est similaire à celle de la tighness: il faut savoir quand la corriger et comment le faire. Les outils pour corriger la tonalité (autotune) d'une voix ou d'un instrument sont fantastiques et il est possible de les utiliser de façon relativement transparente. L'autotune est en général assez simple à utiliser et lorsqu'on veut qu'il soit transparent, il est préférable de ne pas l'appliquer sur toute la piste, mais uniquement sur les passages faux. 

Bien-sûr, on peut aussi pousser à l'extrême ces mêmes outils et obtenir un effet à la T-Pain


3- La balance de volume et des fréquences

Il n'y a pas de règles absolues pour la quantité de basses, médiums ou hautes fréquences qu'un mix doit avoir. Selon les styles, il y a tout de même une certaine zone dans laquelle se tenir si on ne veut pas que notre enregistrement soit totalement différent des productions professionnelles. Bien-sûr, si vous avez la chance de travailler avec une personne d'expérience pour votre mastering, celle-ci pourra corriger ces débalancements, mais si l'égalisation nécessaire est drastique, il risque d'y avoir des changements indésirables dans la balance entre vos instruments. 

Vous pouvez facilement prévenir ce genre de problèmes en prenant soin de faire quelques vérifications:

Blue Cat's FreqAnalyst

  • Prenez le temps de comparer vos mixs avec des productions professionnelles bien mixées et masterisées. Importez votre mix stéréo dans une session avec plusieurs pièces dans un style similaire et passez de l'une à l'autre instantanément avec la fonction solo pour comparer rapidement les différences de balances.
  • Écoutez vos mixs dans différents systèmes et à différents volumes.
  • Si vous devez faire des augmentations ou des coupures de plus de 3-4 dB sur l'EQ de votre mix, prenez le temps de réviser l'égalisation et les volumes des pistes individuelles.
  • Un bon analyseur graphique de fréquences peut vous aider à repérer certains problèmes et sera utile durant l'étape de comparaison avec d'autres productions. Il y a plusieurs plugins gratuits de disponibles sur le web, comme le Blue Cat's FreqAnalyst. 

4- Les arrangements

Bien des problèmes de mix proviennent de la façon dont les arrangements sont faits. Avez-vous un solo de guitare durant le deuxième couplet qui "chante" en même temps que la voix ? Est-ce que la partie de clavier fait les mêmes accords et est dans le même range que la guitare ? La basse fait-elle une figure rythmique complètement différente de celle de la grosse caisse ? Ce genre de problèmes peut rendre le mix d'une chanson particulièrement difficile, voire impossible.

  • Assurez-vous de la complémentarité des différents arrangements et évitez de tout mettre dans la même zone de fréquences. Si vous avez plusieurs pistes midi qui jouent les mêmes notes, essayez d'en transposer certaines, un octave plus haut ou plus bas.
  • Il n'est pas nécessaire que tous les instruments soient à l'avant-plan. Prenez le temps d'établir en début de mix une "hiérarchie" entre les différents instruments pour garder en tête ce qui compte le plus dans votre chanson.
  • Rendu à l'étape du mix, n'ayez pas peur d'enlever le superflu. Vous n'êtes peut-être pas obligé d'avoir 5 pistes de pads durant le premier couplet.

5- Des mauvais choix d'effets

Une réverbe qui part dans tous les sens peut rapidement alourdir l'écoute d'une chanson et nuire grandement à la clarté d'un mix. Un délai long avec beaucoup de répétitions dans un contexte intime ne contribuera pas au sentiment de proximité que devrait procurer le mix. 

  • Prenez le temps de bien choisir vos effets parce qu'un grosse partie de l'esthétique de la chanson peut provenir de ceux-ci.
  • Égaliser vos reverbs. Les basses fréquences de votre reverbs de hall peuvent masquer la voix. Une trop grosse quantité de mids ou de hautes fréquences peut aussi être en conflit avec l'instrument réverbéré. Si un instruments est très chargé dans une zone de fréquences, atténuez cette zone sur la réverb. On évitera ainsi une sur-représentation de ces fréquences.
  • Compressez vos délais. Trop entendre le punch des répétitions ne donne pas l'impression d'un mix professionnel.

Je pourrais continuer longtemps comme ça, mais je pense avoir abordé les problèmes que je rencontre le plus fréquemment lorsque j'aborde un mix.

Au final, le travail de mix se résume à deux choses: on règle ce qui nous dérange et on met l'accent sur ce qui est important. Dans les deux cas, la question de goût a une importance cruciale. Vous devez prendre le temps d'affiner votre instinct tout en travaillant la technique pour qu'elle soit au service de ce premier. Comme l'a déjà dit Dave Pensado, à la fin de la journée, ce n'est pas pour ma technique qu'on m'engage, mais bien pour mes goûts. 

Cela dit, si vous gardez un oeil sur les points positifs et négatifs mentionnés dans cet article, vous mettrez toutes les chances de votre côté pour un avoir mix réussi! Et surtout, soyez patient, parce que c'est en forgeant qu'on devient forgeron!